Dossier

300 contrats visés fin 2019, toujours des blocages

Assistants médicaux : le temps des pionniers

Publié le 12/12/2019
Assistants médicaux : le temps des pionniers


SEBASTIEN TOUBON

C'est une des réformes lancées par Emmanuel Macron pour libérer du temps médical : depuis septembre, les praticiens libéraux peuvent recruter un assistant et bénéficier d'un financement de l'assurance-maladie sous conditions, s'ils s'engagent à recevoir davantage de patients (lire page 3).

Mais sur le terrain le dispositif peine à convaincre. Avant même la signature en juin dernier de l'avenant n°7 sur les assistants par trois syndicats (MG France, CSMF, SML), les libéraux se montraient réticents. Sur près de 400 médecins interrogés en février sur le site du « Quotidien », plus de 80 % n'étaient pas prêts à embaucher un assistant.

Trop peu de spécialistes

Cette méfiance bien installée n'a pas empêché les précurseurs de sauter le pas, avec un retour d'expérience souvent positif (lire ci-dessous), à en croire la presse locale. La CNAM table sur 300 contrats signés à fin 2019, dont 10 % seulement par des médecins spécialistes. Un lancement timide, loin des 4 000 assistants médicaux prévus par la réforme « Ma Santé 2022 » – même si l'assurance-maladie ne se fixait pas d'objectif chiffré lors de la signature.

Malgré ce démarrage « modéré », Nicolas Revel, directeur général de l'assurance-maladie, reste convaincu de « la contribution de l'assistant pour libérer du temps médical ». Le patron de la CNAM regrette, à ce stade, le manque d'entrain des spécialistes. « Il y a beaucoup de généralistes qui y vont, assure-t-il, mais moins que je ne l'espérais chez les spécialistes ». Ce sont pourtant des spécialités – radiologie, ophtalmologie – qui ont ouvert la voie du travail aidé depuis des années. Mais l'essai devra être transformé. 

La répartition géographique de ces assistants – issus d'une formation infirmière, d'aide-soignante, d'auxiliaire de puériculture ou équipés du certificat de qualification professionnelle ad'hoc – reste également disparate. En Auvergne Rhône-Alpes, l'assurance-maladie recense 16 contrats ; en Pays de la Loire, huit contrats ont été signés. Mais seuls deux assistants médicaux ont été recrutés en Occitanie tandis que la Bretagne en espérait « une dizaine » fin 2019. Dans le Cher, en Haute-Corse, dans l'Eure et l'Indre, plusieurs contrats sont opérationnels.

Difficile d'évaluer sa situation

S'il est trop tôt pour dresser un bilan, les syndicats relèvent plusieurs obstacles. La complexité du système d'aide à l'embauche est pointée du doigt avec plusieurs cas de figure et paramètres à appréhender (assistant partagé à deux ou à trois, seuil minimum, niveau de patientèle initial qui conditionne les engagements, etc.). « Les médecins ont encore du mal à évaluer leur propre situation, à savoir s'ils sont éligibles, dans quelles proportions et avec quelles contreparties, explique le Dr Jacques Battistoni, président de MG France. Certains ont aussi des difficultés à trouver le bon profil d'assistant médical, en fonction de la main-d’œuvre disponible dans leur secteur. »

Président des Généralistes-CSMF, le Dr Luc Duquesnel relève un autre frein « majeur ». « Il n'y a aucun accompagnement des généralistes pour voir comment modifier leur organisation professionnelle afin d'accueillir un assistant, au niveau de l'immobilier, de la gestion des ressources humaines ou quand ils sont en SISA par exemple », regrette-t-il. Non-signataire de l'avenant, la FMF continue de dénoncer « une usine à gaz ». « Par rapport aux besoins des généralistes, cela n'ira pas bien loin car cela a été fait en dépit du bon sens », assène le Dr Claude Bronner, président d'Union Généraliste.

Plusieurs aménagements sont demandés, comme le fait d'étendre le financement d'un assistant pour un seul médecin aux zones « complémentaires » définies par l'ARS, et non plus aux seules zones « prioritaires ». Les syndicats attendent aussi avec impatience le certificat professionnel d'assistant médical début 2020, ainsi que des formations d'adaptation à l'emploi pour les assistants déjà en poste. « Les premiers à avoir signé donneront peut-être envie à ceux qui ont peur de se lancer », veut croire le Dr Jacques Battistoni.

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