« Pour les stages de quatrième année, la situation est préoccupante dans certains territoires » 

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Publié le 25/08/2026

Élue à la tête de l’ISNAR-IMG fin juillet, Caroline Barichon, interne de médecine générale à Tours, entend faire de la santé mentale et des conditions d’exercice des internes deux priorités de son mandat. Alors que la quatrième année de médecine générale doit entrer en vigueur en novembre, elle détaille également ses inquiétudes et les enjeux de sa mise en œuvre.

Caroline Barichon, nouvelle présidente de l’ISNAR-IMG

Caroline Barichon, nouvelle présidente de l’ISNAR-IMG

Pouvez-vous vous présenter ?

Caroline Barichon. Actuellement interne de deuxième semestre en médecine générale dans la subdivision de Tours, je réalise mon stage de niveau 1 chez le praticien, aux alentours de Chartres. J’ai un parcours un peu atypique. Après une PACES à Créteil, j’ai été admise en pharmacie, mais je souhaitais faire médecine. Je me suis donc réorientée en biologie à l’université Paris-Saclay, où j’ai réalisé une licence, un master 1 de biologie-santé, puis un master 2 de recherche en cancérologie.J’ai finalement candidaté à la passerelle permettant d’intégrer directement la deuxième année après un master 2. J’ai été admise et j’ai effectué mes études de médecine à la faculté du Kremlin-Bicêtre, au sein de l’université Paris-Saclay.

Avant d’être élue présidente de l’ISNAR-IMG, vous aviez déjà un parcours associatif et syndical important. Pouvez-vous nous en parler ?

C.B. Oui. J’ai toujours été engagée dans le milieu associatif. Avant mes études de médecine, j’étais notamment secouriste à la Croix-Rouge française, où j’ai eu plusieurs postes à responsabilités. En médecine, je me suis progressivement tournée vers la représentation étudiante et j’ai notamment été élue représentante des externes. En arrivant à Tours, j’ai rejoint le syndicat local, le SICVL. J’ai ensuite intégré l’ISNAR-IMG comme chargée de mission pour la revue Antidote, avant de prendre progressivement davantage de responsabilités, notamment dans l’organisation du congrès. Je suis ensuite devenue vice-présidente, puis me suis présentée à la présidence. J’ai finalement été élue à la fin du mois de juillet, à la suite du départ d’Atika Bokhari.

Quelles vont être vos priorités pour ce mandat ? 

C.B. Je dirais que notre première priorité concerne les risques psychosociaux et la santé mentale des étudiants. C’était déjà un enjeu du mandat précédent et cela reste une priorité absolue. Notre enquête de 2024 avait montré des chiffres particulièrement préoccupants : un étudiant sur deux présentait des troubles anxieux, plus de 60 % étaient en situation de burn-out et plus de 20 % déclaraient des idées suicidaires. Les étudiants en médecine cumulent de nombreux risques psychosociaux : temps de travail excessif, dégradation des relations professionnelles, humiliations ou encore violences sexistes et sexuelles. Or, pour pouvoir prodiguer des soins de qualité, il faut d’abord que les soignants soient eux-mêmes en bonne santé. Nous souhaitons donc mieux recenser et faire connaître les dispositifs d’aide existants mais aussi renforcer la coordination entre syndicats, associations et plateformes d’écoute pour améliorer le dépistage et notre réactivité face aux situations de détresse. Cela passe également par la prévention, avec notamment des formations obligatoires sur les violences sexistes et sexuelles pour les maîtres de stage et les référents pédagogiques. Notre deuxième priorité est l’amélioration des conditions d’exercice. Nous voulons garantir le respect des droits des internes, notamment en matière de temps de travail et leur assurer un environnement de stage sain. L’ISNAR-IMG continuera à les défendre, y compris par des actions juridiques lorsque cela sera nécessaire.

En médecine générale, les stages en libéral épargnent-ils les étudiants des violences que l’on peut davantage associer à l’hôpital ?

C.B. La majorité des stages ambulatoires se passent relativement bien avec généralement une bonne entente entre les internes et leurs maîtres de stage universitaires. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de situations problématiques. À Tours, par exemple, nous avons eu des remontées d’étudiants en détresse sur certains terrains de stage, notamment avec des maîtres de stage peu encadrants, voire absents alors que l’interne était en consultation. Dans ces situations, les DUMG (département universitaire de médecine générale) et les syndicats locaux sont généralement réactifs. L’objectif est de retirer l’étudiant d’un terrain de stage problématique pour le réaffecter ailleurs. Il est également possible de retirer l’agrément au terrain de stage concerné.

La quatrième année doit rentrer en vigueur en novembre prochain. L'ISNAR-IMG avait demandé à plusieurs reprises son report. À quelques semaines de son lancement, est-ce encore une revendication réaliste ou êtes-vous plutôt dans une optique d'accompagnement ? 

C.B. Nous représentons les internes et portons leur voix : aujourd’hui, la majorité reste favorable au report. Bien entendu ce n’est pas réalisable, nous savons que la réforme va entrer en vigueur. La procédure d’appariement débutera le 1er septembre et les docteurs juniors commenceront leur stage début novembre. Notre priorité est donc désormais de les accompagner au mieux et de veiller au respect de leurs conditions de formation pour que cette transition se fasse le plus sereinement possible.

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus à ce stade : la qualité de la formation, le nombre de stages, la procédure d'appariement, la supervision, la charge de travail ? 

C.B. Notre principale inquiétude concerne l’accès aux stages ambulatoires. Tous les docteurs juniors ne pourront pas nécessairement en bénéficier et certains pourraient se voir imposer un stage hospitalier, qui ne correspond pas forcément à leur projet ni à l’esprit de cette quatrième année, pensée comme une transition vers l’autonomie en médecine générale libérale. D’après les remontées des différentes subdivisions, il y aurait toutefois suffisamment de terrains de stage dans la majorité des régions de l’Hexagone. La situation est plus préoccupante dans l’océan Indien, où moins de la moitié des maîtres de stage universitaires nécessaires auraient été recrutés, ce qui pourrait conduire certains docteurs juniors à effectuer un stage hospitalier dans une autre structure. Nous verrons donc ce qu’il en est réellement au moment de la procédure d’appariement. C’est surtout à l’issue du dernier tour, réalisé manuellement par les DUMG, que nous pourrons identifier d’éventuelles inadéquations ou des internes sans terrain de stage correspondant à leur projet.

Concrètement, comment va fonctionner la procédure d’appariement des docteurs juniors avec leurs terrains de stage ?

C.B. La procédure d’appariement se déroule en quatre phases. Jusqu’au 31 août, les docteurs juniors peuvent déposer leur dossier sur la plateforme SimUp. Il comprend notamment un CV, une lettre de motivation et, selon les subdivisions, leur contrat de formation, qui précise leur parcours et leur projet. De leur côté, les responsables des terrains de stage doivent renseigner leur fiche de poste afin de présenter précisément le contenu du stage et les conditions d’exercice. Les docteurs juniors pourront ensuite consulter ces informations et classer les terrains selon leurs préférences en fonction de leur projet professionnel et de leurs attentes. Ils devront notamment classer au minimum 10 % des terrains proposés. Dans un second temps, les maîtres de stage auront accès aux candidatures des étudiants qui les ont choisis. Ils pourront consulter leur CV et leur lettre de motivation et, à leur tour, classer les docteurs juniors en fonction de leur profil et de la cohérence de leur projet avec le terrain proposé. C’est ensuite la plateforme qui croise les deux classements pour réaliser l’appariement. La procédure se déroule progressivement et les derniers appariements, pour les étudiants qui n’auraient pas encore trouvé de terrain, doivent avoir lieu entre le 24 et le 29 septembre. Nous espérons donc que tous les docteurs juniors auront un terrain de stage correspondant au mieux à leur projet professionnel d’ici le 29 septembre.

Vous, vous imaginez où dans quelques années en tant que future généraliste ? Avez-vous déjà réfléchi à votre futur exercice ?

C.B. J’ai des millions de projets et d’envies mais pas encore de projet d’installation précis. À terme, j’aimerais avoir ma propre patientèle et exercer comme un médecin de famille, avec une relation de proximité avec les patients. Mon stage de niveau 1, dans des maisons médicales avec des maîtres de stage très inspirants, me conforte dans cette envie. J’aimerais aussi découvrir d’autres formes d’exercice, notamment à travers l’humanitaire. Je pourrais par exemple envisager un inter-CHU à Mayotte, où l’on peut exercer dans des dispensaires et être confronté à une médecine qui répond davantage aux besoins locaux, parfois avec des moyens limités. Mais je pense avoir encore beaucoup de choses à découvrir avant de définir précisément mon projet.


Source : lequotidiendumedecin.fr