Trois médecins mis en examen après une plainte en diffamation de Catherine Lemorton

Par Henri de Saint Roman
- Publié le 12/06/2015
- Mis à jour le 12/07/2019

Crédit photo : S. TOUBON

Le tribunal de grande instance de Toulouse a prononcé jeudi 11 et vendredi 12 juin la mise en examen des Drs Philippe Cuq, Xavier Gouyou Beauchamps et Jérôme Marty, responsables d’organisations de médecins libéraux, après une plainte en diffamation de la députée socialiste de Haute-Garonne Catherine Lemorton.

« Dans le cadre d’une plainte en diffamation, la mise en examen des personnes visées est quasi-automatique et ne préjuge en rien d’une éventuelle condamnation ultérieure », explique Maître François Musset, avocat de l’UCDF, le syndicat dont les Drs Philippe Cuq et Xavier Gouyou Beauchamps sont respectivement président et secrétaire général.

Ces mises en examen s’inscrivent dans le cadre de la plainte en diffamation déposée il y a un an par Catherine Lemorton, présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Aucune indication ne leur a été fournie sur la date à laquelle se tiendra le procès.

Vidéo, édito

Au cours d’une émission de radio à laquelle elle participait le 19 juin 2014 sur RMC-Info, Catherine Lemorton avait répondu à un journaliste qui lui faisait remarquer que les médecins n’ont jamais laissé mourir personne : « Dans les hôpitaux publics, je peux vous affirmer que oui. Je n’en dirai pas plus... ».

L’UCDF avait porté plainte à ce sujet devant le conseil de l’Ordre des pharmaciens. Mais Catherine Lemorton avait immédiatement contre-attaqué, portant plainte pour diffamation contre les trois hommes.

Elle reproche aux responsables de l’UCDF d’avoir conçu et diffusé sur leur site une vidéo. « Catherine Lemorton estime que les médecins hospitaliers sont les seuls à ne pas laisser mourir les gens. Elle laisse donc entendre que les médecins libéraux, eux, les laissent mourir », y analyse le Dr Gouyou Beauchamps en voix off. Quant au Dr Marty, président de l’Union française pour une médecine libre (UFML), il lui est reproché un édito dans la même veine, publié sur le site de l’UFML, et un tweet du 29 juin.

Du tribunal à la tribune

Les mis en examen ne semblent guère impressionnés. « Délaissant le cadre ordinal et déontologique, Madame Lemorton a fait le choix d’une surenchère judiciaire et publique en déposant plainte pour diffamation au pénal », juge l’UCDF. Philippe Cuq va plus loin, et se satisfait presque de sa mise en examen : « il faut aller jusqu’au bout de cette affaire, confie-t-il au « Quotidien », et que la justice nous dise si c’est vrai que nous, libéraux, laissons mourir les gens. »

Jérôme Marty est sur la même ligne : « Puisque Madame Lemorton veut faire de cette affaire une arène politique, nous allons naturellement relever le gant ».

Quant à Catherine Lemorton, contactée par le Quotidien, elle se refuse à tout commentaire. « Je n’ai rien à dire, je laisse la justice travailler », indique-t-elle sobrement.

La Fédération des médecins de France (FMF) a apporté son soutien aux trois médecins. « Le jour où Dodo la Saumure et DSK sont relaxés, trois médecins sont mis en examen pour avoir osé mettre des commentaires sur des vidéos authentiques reproduisant fidèlement les propos de Madame Lemorton », ironise le Dr Jean-Paul Hamon. Le président de la FMF demande à être lui-même mis en examen pour avoir diffusé la vidéo incriminée sur le site de son syndicat.

Le Dr Eric Henry, président du syndicat des médecins libéraux (SML), était quant à lui présent ce vendredi au TGI de Toulouse pour soutenir le Dr Marty à l’audience.