Le premier médecin arrivé, en voisin, à la brasserie La Belle Equipe raconte

Publié le 15/11/2015
- Mis à jour le 16/11/2015
Impacts de balles, rue de Charonne

Impacts de balles, rue de Charonne
Crédit photo : AFP

Le Dr Stéphane Chicheportiche a son cabinet de généraliste au 55 de la rue de Charonne, à une centaine de mètres de la brasserie La Belle Equipe. Il raconte au « Quotidien » :

« Vendredi, peu après 21 h 30, un ami me téléphone pour me dire qu’il vient d’entendre des tirs automatiques. J’étais sur place quelques minutes plus tard. Ce que j’ai vu est indescriptible, une scène d’horreur totale. J’ai beau avoir l’expérience de situations ultra violentes et des urgences absolues, ayant fait six ans à la BSPP (Brigade des sapeurs pompiers de Paris) et quinze ans de SAMU dans les Hauts-de-Seine, je me suis trouvé totalement démuni. J’ai tenté de garder mon sang froid. Mais comment intervenir sans matériel de secours ? Vous êtes comme un plombier sans ses outils. Après un pré-tri ultra rapide, tout ce que j’ai pu tenter, ce sont des points de compression sur des personnes qui saignaient abondamment. J’ai tenté d’arrêter des hémorragies comme j’ai pu. Et puis les premières sirènes ont retenti très vite. Les pompiers et les équipes du SAMU se sont précipitées. »

« C’est comme si mon expérience de vingt ans d’urgentiste ne m’avait pas préparé à ça,

commente le Dr Chicheportiche, qui est encore PH dans un service d’urgence, en plus de son activité libérale.

Quand vous êtes missionné dans une structure et que vous débarquez sur une scène violente, vous êtes mentalement protégé par votre fonction, c’est le job. Mais là, j’étais en quelque sorte comme chez moi. C’est à la Belle Equipe que je prends tous mes déjeuners avec mon épouse, dont le cabinet de psychologue se trouve aussi à proximité. Les serveurs sont des amis. Aujourd’hui, je suis… assez perturbé. »

 

La voix du généraliste urgentiste s’est nouée. Brisée. Ce dimanche matin, il part chez un patient qu’il avait reçu vendredi après-midi. « Il était au Bataclan. Il m’a appelé pour me dire qu’il avait besoin de me voir. »


Propos recueillis par Christian Delahaye


Source : lequotidiendumedecin.fr