Ecstasy : un urgentiste en lutte contre la banalisation d'un fléau, après le décès de son fils

Par
Coline Garré -
Publié le 03/10/2019

Crédit photo : PHANIE

Le Dr Martin Chassang, médecin urgentiste ayant perdu son fils Louis, 21 ans, en septembre, à Paris, à la suite d'une ingestion d'ecstasy en boîte de nuit, lance une campagne de sensibilisation aux dangers de la drogue. 

Le Dr Chassang a ainsi mis en ligne la page Facebook #OneLifeNoEctasy (une vie pas d'ecstasy) et lancé un compte instagram (en attendant twitter) où apparaît le visage de son fils, «un sportif, festif, amoureux de la vie qu'il croquait par les deux bouts, ni toxico, ni alcoolique, juste parti faire la fête un samedi soir avec trois copains », décrit-il. Louis allait rentrer en deuxième année de droit. 

« Il fallait donner un sens à la mort de Louis, sortir de la sidération initiale et revenir à la vie », explique-t-il au « Quotidien ». Le médecin entend aussi prévenir, alerter, informer et réprimer, pour que ce « fléau » n'atteigne pas d'autres Louis. 

Des drames qui n'arrivent pas qu'aux autres 

Si le médecin réfléchit à formaliser son combat sous la forme associative, il s'élève d'ores et déjà contre les discours dangereux. Tels ceux qui banalisent l'ecstasy : « Il faut récupérer des données, quantifier l'ampleur du phénomène et lancer une alerte sanitaire. Les fabricants produisent des comprimés colorés que les jeunes s'échangent sans avoir conscience de leur nocivité. » « Louis n'a acheté qu'une dose à 10 balles », précise-t-il. 

Le Dr Chassang s'insurge aussi contre les discours qui tendent à minimiser le phénomène. « Parler d'overdose, de surdose, d'ecstasy chinoise (comme l'a fait le collectif action nuit) ou de mélange avec une consommation démesurée d'alcool est pernicieux : les jeunes se disent "ça ne me concerne pas". Or l'ecstasy est partout », dénonce l'urgentiste, dont le fils avait un faible taux d'alcool dans le sang - mais en revanche, un taux de MDMA très élevé. Et de rappeler l'effet « Roulette russe » de l'ecstasy. 

Selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies, (OFDT), 7 % des 18-25 ans ont expérimenté au moins une fois l'ecstasy (contre 4,8 % la cocaïne). En outre, les comprimés ont vu en moyenne leur dose totale en MDMA doubler en 5 ans. 

Le Dr Chassang appelle ses confrères à relayer son message, auprès des jeunes et des parents. « Nous sommes tous concernés. » Et attend de la part de l'État un sursaut de conscience et des mesures pour ringardiser l'ecstasy. 


Source : lequotidiendumedecin.fr