Un potentiel effet protecteur du BCG contre le SARS-CoV-2

Par
Charlène Catalifaud -
Publié le 21/04/2020
Des propriétés bénéfiques non spécifiques à la tuberculose

Des propriétés bénéfiques non spécifiques à la tuberculose
Crédit photo : Phanie

Le vaccin centenaire mis au point pour lutter contre la tuberculose pourrait-il réduire le risque d'infection à SARS-CoV-2 et sa sévérité ? Plusieurs essais cliniques contre placebo ont été lancés ou vont l'être pour évaluer le potentiel effet protecteur du BCG en contexte de Covid-19.

En France, une étude menée par Camille Locht, directeur de recherche INSERM à l’Institut Pasteur de Lille, avec la Pr Odile Launay, coordinatrice du centre d'investigation clinique (CIC) Cochin Pasteur, doit démarrer prochainement. « Nous souhaitons recruter au moins 1 000 participants non malades, en particulier des professionnels de santé qui sont les plus exposés. La moitié sera vaccinée à l'inclusion, l'autre non. Les personnes qui présenteront des symptômes susceptibles d'être liés à l'infection Covid-19 seront testées », détaille Camille Locht. L'étude, menée en collaboration avec une équipe espagnole, devrait durer quatre à six mois.

Des initiatives similaires ont été lancées ailleurs dans le monde, notamment aux Pays-Bas et en Australie, où le recrutement des patients a déjà commencé. L'équipe australienne BRACE (1) souhaite inclure plus de 4 000 professionnels de santé. L'étude néerlandaise BCG-CORONA (2) vise 1 500 participants, et s'appuie sur l'hypothèse que la vaccination BCG pourrait réduire l'absentéisme des professionnels de santé en contexte d'urgence sanitaire. Pour les deux études, des premiers résultats sont attendus pour octobre.

Immunité innée entraînée

Plusieurs éléments ont conduit les chercheurs à s'intéresser à la piste du BCG. En particulier, des scientifiques new-yorkais ont mis en évidence un lien entre politique vaccinale nationale vis-à-vis du BCG et impact de la maladie Covid-19 en termes de mortalité. Dans une prépublication (non revue par les pairs) parue le 28 mars sur Medrxiv (3), ils indiquent : « nous avons constaté que les pays ne disposant pas de politiques universelles de vaccination par le BCG (Italie, Pays-Bas, États-Unis) ont été plus gravement touchés que les pays dotés de politiques universelles et de longue date par le BCG ». À noter qu'en France, le BCG n'est plus obligatoire depuis 2007.

Le BCG a déjà montré que ses propriétés bénéfiques n'étaient pas spécifiques à la tuberculose. Des effets protecteurs ont notamment été mis en évidence contre certaines infections respiratoires. Ils seraient liés à la capacité des vaccins vivants, tels que le BCG et le vaccin de la rougeole, à induire une immunité innée entraînée.

(1) NCT04327206
(2) NCT04328441
(3) A. Miller et al., medRxiv, doi: https://doi.org/10.1101/2020.03.24.20042937, 2020.

Charlène Catalifaud

Source : Le Quotidien du médecin