Un médecin de l'Eure invite Buzyn aux funérailles de la médecine rurale

Par
Loan Tranthimy -
Publié le 26/09/2019

Crédit photo : PHANIE

« Je travaille de 8h du matin à 22h du soir, six jours sur sept, avec des gardes et des visites. Si moi je ne représente pas la continuité des soins, qui la représente ? »

Le Dr Francis Le Bail, 73 ans, est amer. Il y a trois semaines, le médecin généraliste de Saint-André-de-l'Eure, une commune de 4 000 habitants dans l'Eure, a fait une demande d'adhésion au contrat de stabilisation et de coordination (COSCOM). Cette option conventionnelle valorise la pratique de médecins (toutes spécialités) déjà installés en zones identifiées comme fragiles et qui s'inscrivent dans une démarche de prise en charge coordonnée des patients sur un territoire (exercice en groupe, équipe de soins primaires ou communauté professionnelle territoriale de santé). Les praticiens bénéficient dans ce cadre d'une rémunération annuelle de 5 000 euros par an et le médecin s'engage pour trois ans. 

Provocation et dérogation

Las, la demande du généraliste a été refusée dans un premier temps au motif que le médecin n'exerce pas en cabinet de groupe. Face à cette réponse, le médecin a menacé de tout plaquer. Parallèlement, il a rédigé un courrier invitant la ministre de la Santé... à une cérémonie de funérailles de la médecine « locale », initiative symbolique qui entend marquer aussi l'enterrement de la médecine « rurale » souvent assumée par des médecins en solo. « C'était un peu de la provocation, témoigne le médecin en cumul emploi retraite. Mais après mon coup de sang, l'Assurance-maladie a cédé et m'a accordé une dérogation pour adhérer à ce contrat même si je n'exerce pas en cabinet de groupe. »

Le généraliste explique que l'aide forfaitaire de 5 000 euros n'est pas sa priorité. « L'objectif est vraiment la reconnaissance du service continu que je rends à mes patients. » Et pas question de lui parler d'exercice regroupé dans des murs de la maison médicale de la commune. « Elle ne sert à rien si ce n'est pour calmer les angoisses des jeunes médecins. À 19 heures, il n'y a plus personne. Mon souci, c'est de trouver un remplaçant pour ne pas laisser mes patients sans médecin. »

Le médecin n'abandonne pas l'idée d'une cérémonie, soutenue par la mairie, pour enterrer la médecine locale. « La date reste à trouver. »


Source : lequotidiendumedecin.fr