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Sondage : entre Buzyn et les médecins, la fin de l'état de grâce

Publié le 18/11/2019
Sondage : entre Buzyn et les médecins, la fin de l'état de grâce


SEBASTIEN TOUBON

Entre Agnès Buzyn et les médecins, le charme serait-il rompu ? Après deux ans et demi de quasi lune de miel avec le corps médical, la ministre de la Santé semble en effet descendre d'un cran dans l'estime de ses confrères. Les PH étaient dans la rue la semaine dernière. Et, quoique moins bruyants, les médecins libéraux semblent de plus en plus critiques. Selon notre sondage Stethos réalisé à la mi-quinquennat, à peine un médecin de ville sur deux (45 %) approuve en effet l'action d'Agnès Buzyn, contre près de 6 sur 10 l'an dernier à la même époque.

Certes, ce n'est pas un désaveu massif, mais, tout de même, la popularité de la ministre est en repli. Les praticiens libéraux se montrent en effet de moins en moins en phase avec la politique de santé menée par le gouvernement. 70 % jugent que la santé n'est pas une priorité de l'équipe en place, ce qui n'est pas très nouveau. Mais surtout, 50 % renvoient désormais dos à dos les époques Macron et Hollande… Comme si l'ambiance devenait comparable.

Droit d'inventaire

Tout juste, les deux tiers (66 %) continuent-ils de penser que c'est quand même un « plus » d'avoir une des leurs avenue de Ségur. Mais pour quoi faire ? Puisqu’une majorité des réformes que nous avons testées sont plutôt mal perçues. Cette attitude critique était déjà perceptible l'an passé. Cela s'amplifie.

Certes, quand on leur propose de dresser l'inventaire du bilan Buzyn, certaines décisions phares sont appréciées des médecins de ville : c'est le cas de la vaccination obligatoire (82 % s'en félicitent), du déremboursement de l'homéopathie (63 %), du gel du tiers payant généralisé (TPG) (61 %) et dans une moindre mesure du zéro reste à charge en optique, en dentaire et en audio (55 %). Mais les autres réformes emblématiques du quinquennat ne recueillent pas l'assentiment majoritaire. Même la suppression du numerus clausus, encore approuvée par 55 % des sondés il y a un an ne convient plus qu'à une minorité (47 %) : comme si les incertitudes autour de la réforme du premier cycle avaient rendu dubitatifs certains professionnels au départ enthousiastes.

D'autres orientations sont encore davantage boudées. Comme le développement de la télémédecine que seuls 41 % des médecins approuvent (comme il y a un an) ou la labellisation de 400 à 600 hôpitaux de proximité (41 % d'approbations). Comme si la première faisait encore peur, pendant que le monde libéral ne se sentirait guère concerné par la seconde. Dans un tout autre ordre d'idées, la PMA pour toutes les femmes fait un flop auprès du corps médical (36 % seulement s'en réjouissent) et la délégation de tâches aux autres professions de santé – si souvent évoquée au ministère de la Santé comme « la » solution aux problèmes démographiques — continue d'inquiéter : seuls 34 % sont preneurs.

La critique semble assez largement partagée quelle que soit la discipline. Généralistes et autres spécialistes semblent en effet globalement sur la même longueur d'onde. La cote d'Agnès Buzyn est d'ailleurs la même chez les uns et chez les autres. Tout au plus les premiers se montrent-ils un peu plus favorables aux réformes ayant un impact social (zéro reste à charge, gel du TPG, PMA) et les seconds légèrement plus intéressés par les chantiers à caractère scientifique, technique ou organisationnel (vaccination obligatoire, déremboursement de l'homéopathie, télémédecine, délégation de tâches.

Mais c'est surtout sur les crises que les uns et les autres désapprouvent les réponses de la ministre. S'ils lui donnent quitus (à 69 %) sur sa gestion de la canicule 2019, 80 à 90 % des médecins libéraux ont l'impression en revanche que ça patine dans les EHPAD, dans les déserts médicaux et bien entendu… aux urgences !

Dans ce contexte, les hospitaliers se montrent beaucoup plus hostiles encore à l'égard de la ministre et de sa politique… Mais ça, Agnès Buzyn l'avait déjà compris.

Sondage Stethos réalisé sur internet du 17 octobre au 11 novembre 2019 auprès de 439 médecins libéraux (217 médecins généralistes libéraux, 222 spécialistes libéraux et mixtes) et 98 praticiens hospitaliers.

Paul Bretagne