Bachelot de retour en politique : pourquoi les médecins la détestent

Par
Stéphane Long -
Publié le 11/07/2020
Roselyne Bachelot

S’il est une ministre de la Santé qui n’a pas laissé de bons souvenirs aux médecins, c’est bien Roselyne Bachelot. La nouvelle ministre de la Culture, qui avait pourtant juré de ne pas revenir à la politique, a multiplié les mesures impopulaires, voire vexatoires, braquant à plusieurs reprises les professionnels de santé.

L’ex-pharmacienne, ministre de la Santé entre 2007 et 2010, a l’art et la manière de prendre les médecins à rebrousse-poil. Réforme de l’hôpital, vaccination contre la grippe H1N1, homéopathie, masques… retour sur quelques-uns de ces clashes avec les médecins.

Réforme Bachelot : l’hôpital dans la rue

« L’hôpital public n’a plus de moyens, il devient un hospice », « C’est pas une entreprise, il n’est pas là pour gagner de l’argent », « Tout ceci ne peut pas se marchander »… Les critiques fusent contre le projet de réforme de l’hôpital public (loi HPST pour hôpital, patient, santé et territoire) voulu par Roselyne Bachelot en 2009. Les médecins et les personnels hospitaliers sont dans la rue pour demander son retrait. La loi, qui sera finalement adoptée le 24 juin 2009, renforce les pouvoirs des directeurs d’hôpitaux et prévoit le regroupement des hôpitaux dans des communautés hospitalières de territoire.

Voir la vidéo Hôpitaux : manifestation à Paris contre la réforme Bachelot
En 2009, les Prs Christian Perronne, Bernard Debré, René Frydman, le Dr Patrick Pelloux manifestent contre la loi Bachelot.

Autre exemple d’échange musclé en avril 2010, cette fois-ci à l’Assemblée nationale, entre Roselyne Bachelot et le Dr Jean-Marie Le Guen (député PS) qui dénonce une volonté d’instaurer un « hôpital entreprise » contraire à la vocation et à l'esprit de l’hôpital public.

« Taxe Bachelot » et déclaration des congés obligatoires : le casus belli

La loi HPST ne concerne pas seulement l’hôpital. Le projet vise également à améliorer l’accès aux soins des Français en invitant (obligeant ?) les médecins à prendre part à la lutte contre les déserts médicaux. Y compris avec des mesures coercitives. Deux dispositions suscitent la révolte des libéraux. La première instaure une pénalisation financière (la « taxe Bachelot ») pour les médecins exerçant en zones surdotées qui refuseraient de consacrer une partie de leur emploi du temps à prêter main forte leurs confrères des zones fragiles proches. La pénalité pouvait s’élever à 3 000 euros. Le texte sera bien voté mais jamais mis en application, Roselyne Bachelot faisant même marche arrière en 2010.
La ministre renoncera également à une autre disposition de la loi HPST qui ulcère les médecins libéraux : celle les obligeant à déclarer leurs congés aux autorités au prétexte de mieux organiser la continuité des soins.


Vaccination H1-N1 : les médecins libéraux court-circuités

« Tous les arguments ont été employés, tous plus faux les uns que les autres, pour nous empêcher de vacciner dans nos cabinets. […] Parce que la vaccination est un échec, on fait appel aujourd’hui, in extremis, à la rescousse, aux médecins généralistes. » Le Dr Michel Chassang, président de la CSMF en 2010, ne cache pas son agacement à l’égard de Roselyne Bachelot qui vient d’autoriser les libéraux à vacciner les Français contre la grippe H1N1, après avoir longtemps privilégié les centres de vaccination. « Plus jamais ça, plus jamais une organisation de ce type… Nous sommes dans un pays où il y a une médecine libérale, où les gens ont le choix ! », insiste le Dr Chassang qui critique le « système d’organisation soviétique » mis en place par Roselyne Bachelot.

Voir la vidéo Grippe: les médecins généralistes à la rescousse
En janvier 2010, le Dr Michel Chassang, président de la CSMF dit tout le mal qu'il pense de l'organisation de la campagne anti-grippe H1N1 mise en place par le gouvernement.

L’homéopathie ? Une médecine d’accompagnement

Sa sortie en 2018 sur l’homéopathie, alors qu’elle co-anime une émission sur LCI, n’est pas passée inaperçue. Devant le Dr Jérémy Descoux, porte-voix des anti fakemed, elle avance qu’il subsiste des doutes sur l’efficacité de l’homéopathie et réclame que cette pratique thérapeutique fasse l’objet d’études en double aveugle, semblant ignorer les centaines d’évaluations déjà parue dans la presse médicale. Si elle appelle à la prudence sur les « effets de l’homéopathie », elle estime que cela « peut être une médecine d’accompagnement quand elle est pratiquée par des médecins ». Avec un argument choc : « Moi, j’ai soigné mon chien à l’homéopathie. Alors là, l’effet placebo est assez limité […] Ça marchait très très bien ! », dit-elle sur le ton de la plaisanterie. Une boutade qui n’a pas fait rire les médecins (la vidéo diffusée sur le site de LCI n'est plus accessible).

Pénurie de masques : les médecins ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes…

Devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la gestion de la crise du coronavirus, Roselyne Bachelot fait la leçon aux médecins de ville qui n’avaient pas de masques dans leurs cabinets : « On attend que le préfet ou le directeur de l'agence régionale de santé vienne avec une petite charrette porter des masques ? Mais qu'est-ce que c'est que ce pays infantilisé. » Réaction immédiate du Dr Jérôme Marty, président de l’UFML-S qui n’a pas apprécié, c’est le moins que l’on puisse dire, les propos de la nouvelle ministre de la Culture.


Source : lequotidiendumedecin.fr