8 500 respirateurs inutilisables pour les patients Covid-19 ? La polémique fait rage, le gouvernement démine

Par
Martin Dumas Primbault -
Publié le 23/04/2020

Crédit photo : AFP

Le gouvernement aurait-il commandé 8 500 respirateurs inadaptés pour les patients atteints du Covid-19 ? La rumeur enfle à la faveur d'une enquête publiée jeudi 23 avril par la cellule investigation de Radio France.

Les journalistes affirment que 8 500 des 10 000 appareils commandés par l'État à la fin du mois de mars pour faire face à l'épidémie de coronavirus sont uniquement « destinés à gérer l'urgence » et ne seraient pas adaptés à une utilisation en salle de réanimation. Ces modèles dits Osiris 3, fabriqués par un consortium industriel français composé d'Air Liquide, PSA, Schneider Electric et Valeo sont utilisés depuis 1998, indique l'enquête. Selon le site internet d'Air Liquide, il s'agit d'un « ventilateur de transport léger et simple d'utilisation ».

Selon la « doctrine d'usage des dispositifs de ventilation et des respirateurs pour les patients Covid-19 », éditée par le ministère de la Santé et diffusée aux hôpitaux le 3 avril, les Osiris 3 sont des appareils de niveau 5, c'est-à-dire uniquement destinés au transport des malades. Leur usage y est qualifié de « très simple ». « Il est donc probable que les Osiris, du moins dans un premier temps, serviront à autre chose qu'à soigner des patients Covid-19 », résume l'enquête. En conséquence, seuls les quelque 1 600 modèles T60 commandés dans le même temps pourraient servir en salle de réanimation pour les patients les plus graves.

Dans son allocution du 31 mars lors de la visite d'une usine de masques près d'Angers, Emmanuel Macron avait annoncé la fabrication par le consortium de 10 000 appareils d'ici mi-mai sans préciser leur type. « Des respirateurs lourds comme des respirateurs plus légers », avait alors déclaré le président de la République.

Circulez, il n'y a rien à voir !

Le matin de la publication de l'enquête, Katia Julienne, la directrice générale de l'offre de soins (DGOS) était auditionnée par l'Assemblée nationale. Par trois fois, celle-ci a été interrogée par les députés au sujet des commandes de respirateurs. Après avoir botté en touche à deux reprises, la haute fonctionnaire a finalement confirmé les chiffres avancés par la cellule investigation de Radio France. « Il y a bien 1 500 respirateurs pour les patients atteints du Covid-19 et 8 500 d'un modèle plutôt destiné aux urgences et aux transports », a-t-elle simplement déclaré.

Au même moment, le ministère de la Santé répondait dans un communiqué aux révélations de l'enquête. Le gouvernement confirme à son tour les chiffres avancés et défend « un choix de prudence et de responsabilité » à l'heure où « le nombre de patients admis en réanimation continuait de croître très rapidement et où il apparaissait absolument nécessaire de sécuriser la capacité à armer un nombre de lits de réanimation beaucoup plus important ». Ségur affirme par ailleurs que le choix de commander 8 500 respirateurs de type Osiris « avait été validé par les deux sociétés savantes françaises de réanimation ».

« À l'heure où l'on compte plus de 5 000 malades en réanimation, l'heure n'est pas à la polémique sur les prétendus excès de moyens engagés par le gouvernement pour protéger les Français », écrit en outre le ministère.

Mauvais ventilateurs

Interrogé par « Le Quotidien », le Pr Jean-Michel Constantin, secrétaire général adjoint de la Société française d'anesthésie et de réanimation (SFAR), confirme les informations des enquêteurs. Selon lui, les respirateurs Osiris sont de « mauvais ventilateurs de transport pas adaptés » à la prise en charge des patients atteints du Covid-19 et dangereux pour les soignants. Le gouvernement aurait contacté la SFAR « mi-mars » pour lui demander de valider la commande, relate le PU-PH.

« Le ministère nous a dit "C'est ça ou rien !" », raconte le Pr Jean-Michel Constantin. Sous pression à un moment où « il aurait été déraisonnable d'estimer le nombre de patients en réanimation que nous allions avoir », la SFAR a fini par accepter la proposition. « On a finalement signé la demande à la condition que les ventilateurs soient utilisés en dernier recours et sous certaines conditions », explique l'anesthésiste-réanimateur. Depuis, la SFAR a publié un certain nombre de recommandations d'utilisation des respirateurs Osiris à destination des soignants.


Source : lequotidiendumedecin.fr