1 940 cancers reconnus d'origine professionnelle en 2017, la CNAM veut un accompagnement personnalisé

Par
Marie Foult -
Publié le 12/04/2019
amiante

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Crédit photo : S. Toubon

En 2017, 1 940 cancers ont été reconnus d'origine professionnelle en France, un chiffre trois fois plus élevé qu'il y a 20 ans, révèle la branche Accidents du travail/Maladies professionnelles (AT-MP) de la CNAM, qui a présenté une étude statistique sur le sujet.

« 80 % de ces cancers sont liés à l'amiante, il s'agit pour la plupart de cancers du poumon et de mésothéliomes, précise Marine Jeantet, directrice des risques professionnels à l'Assurance-maladie. Les autres cas de cancers non liés à l'amiante sont des cancers nasosinusiens, de la vessie et des leucémies, dus à des expositions aux poussières de bois, au benzène et aux produits noirs (goudrons, bitumes). »

Le profil type des personnes touchées : un homme (96 % des cas), âgé de 68 ans et donc retraité. Dans huit cas sur dix, il exerçait la profession d'ouvrier, souvent dans la métallurgie et le bâtiment (deux tiers des cancers pris en charge par la branche AT-MP sont issus de ces secteurs).

Les 80 % de départements les plus sinistrés se situent dans la moitié nord de la France, principalement dans les Hauts-de-France (Nord, Pas-de-Calais, Aisne), le Grand Est (Ardennes, Meuse, Moselle) et la Normandie (Manche, Calvados, Seine-Maritime). « Cette cartographie reflète l'activité économique de la France d'il y a 30 ou 40 ans, puisque ce sont des territoires où il y avait des hauts fourneaux, des mines et des chantiers navals. Cela ne reflète pas l'exposition actuelle des salariés », précise Marine Jeantet.

1,2 milliard d'euros par an à la charge des entreprises

La prise en charge des cancers professionnels par la branche AT/MP représente 1,2 milliard d'euros annuels à la charge des entreprises, principalement en lien avec le versement de rentes viagères – d'un montant moyen de 17 000 euros par an. Dans la plupart des cas, les rentes sont versées aux ayants droit (majoritairement aux conjoints de la personne décédée). 

Plusieurs outils ont été mis en place par la CNAM. Outre les programmes nationaux de prévention, dont « Risques chimiques pros » mis en place pour la période 2018/2022, des aides financières sont mises en place pour les PME (moins de 50 salariés) pour les aider à protéger leurs salariés contre ces risques. Ces subventions de l'Assurance-maladie – couplées avec un financement de l'entreprise – peuvent aller jusqu'à 25 000 euros par an. De 2015 à 2018, environ 4 200 entreprises en ont bénéficié chaque année de ces aides, soit 26 millions d'euros versés chaque année.

Scandale de l'amiante

Enfin, la branche AT/MP entend agir sur le suivi « post-professionnel », en permettant une surveillance médicale adaptée des salariés qui ont été exposés à un risque, le dépistage mais aussi un « accompagnement personnalisé » – aide à la demande de reconnaissance – des personnes touchées. 

« Le scandale de l'amiante a fait bouger les choses, mais il y a encore une sous-déclaration de certains cancers liés au travail, analyse Marine Jeantet, puisqu'on estime qu'il y a un rapport de 1 à 5 entre les déclarations et le nombre réel de cas. Nous pouvons donc améliorer les choses en agissant auprès des salariés, mais aussi en communiquant auprès des médecins traitants. »


Source : lequotidiendumedecin.fr