Dossier

Entretien avec le directeur général du LEEM

Philippe Lamoureux : « Globalement, les laboratoires pharmaceutiques ne sont pas inquiets »

Publié le 11/02/2019 - Mis à jour le 15/07/2019
Philippe Lamoureux : « Globalement, les laboratoires pharmaceutiques ne sont pas inquiets »

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LE QUOTIDIEN : Comment les laboratoires pharmaceutiques se sont-ils préparés au no deal  ?

PHILIPPE LAMOUREUX : Depuis plusieurs mois, les laboratoires se sont mis en situation pour répondre à un « hard Brexit » à court et moyen terme.

En lien avec la Commission européenne et les autorités sanitaires comme l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), la majorité des entreprises ont dû prendre des mesures pour s’adapter après la sortie du Royaume-Uni de l’Europe. Ils ont procédé au transfert des autorisations de mise sur le marché, des essais cliniques, des contrôles et des libérations des lots sur leurs filiales européennes. La législation exige que ces activités soient localisées sur le sol européen.

Concernant le rétablissement de contrôles douaniers aux frontières, cela risque d’engendrer des délais supplémentaires pour la circulation des médicaments et leur approvisionnement. Les laboratoires ont donc pris les dispositions adaptées comme le transfert de contrôle des lots et l'augmentation des stocks pour anticiper le risque de rupture de médicaments à l'échelle européenne.

Y a-t-il un risque réel de rupture de médicaments pour les patients français ?

Les laboratoires se sont mobilisés pour limiter les conséquences d'une sortie sans accord sur l'approvisionnement des médicaments. Même si le hard Brexit peut créer des tensions d’approvisionnement, globalement, nous ne sommes pas inquiets.

A priori, nous avons recensé pour la France une vingtaine de médicaments à risque de rupture qui ne sont pas des médicaments d'intérêt thérapeutique majeur, et seulement un ou deux médicaments d'intérêt thérapeutique majeur. Un travail a donc été conduit par les industriels avec l’ANSM pour trouver des solutions au cas par cas.

Vous avez limité les risques de pénurie à court terme. Est-ce suffisant ?

Notre inquiétude concerne la gestion des approvisionnements dans la durée. Si on veut limiter les risques de pénurie de médicaments, l’Europe devra prendre rapidement des mesures structurelles. C'est pourquoi nous souhaitons la mise en place, d’ici à la fin de l’année, d'un accord de reconnaissance mutuelle avec le Royaume-Uni, à l’instar de ce qui se fait déjà avec la Suisse. Cet accord favoriserait la circulation des médicaments en permettant d’éviter les contraintes réglementaires évoquées comme la libération des lots.

Une autre négociation devrait être engagée pour mettre en place une procédure de fast-track au niveau des douanes afin de favoriser une circulation fluide des médicaments en provenance du Royaume-Uni.

Faut-il s'attendre à une hausse des prix de vente des médicaments ?

Non. Les prix de vente des médicaments ne devraient pas augmenter en raison des tarifs douaniers. Dans la mesure où les médicaments ont des prix administrés, les laboratoires n’ont pas la possibilité de répercuter les surcoûts sur les prix des produits.

Mais la sortie du Royaume-Uni a-t-elle un impact sur la fixation des prix des médicaments ?

Cette question pourrait, en théorie, être abordée dans les prochaines négociations de l’accord-cadre entre le CEPS et les industriels. En effet, pour les médicaments ayant un service médical rendu (SMR) de 1 à 3, l’accord-cadre a prévu l’application d’une garantie de prix européen. Le prix français doit se situer dans la fourchette des prix pratiqués par quatre pays de référence qui sont l'Italie, l'Espagne, le Royaume-Uni et l'Allemagne.

Est-ce que le Royaume-Uni restera dans le panel des pays de référence ? Cette question n'est pas sur la table pour le moment. Mais l’abandon de cette référence par le CEPS est peu probable car, au sein des quatre grands marchés européens hors la France, le prix anglais est souvent le prix le plus bas.

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