Ernesti, la plate-forme qui relie étudiants en santé et patients âgés pour de l'accompagnement à domicile nocturne

Par Patrice Jayat
Publié le 18/07/2019
- Mis à jour le 18/07/2019

Crédit photo : Ernesti

« Ma mère, médecin généraliste en Gironde, avait de nombreux patients âgés nécessitant une présence de nuit », explique Séverine Zakoian. Alors étudiante, cette psychologue clinicienne réalise plusieurs accompagnements nocturnes, façon « papi » ou « mamie-sitting ».

Très vite, la jeune femme voit la satisfaction des familles. Son frère jumeau Quentin, ingénieur, étudie alors la création d’une start-up apportant ce service de façon organisée et professionnelle : « Tout de suite nous avons souhaité ne travailler qu’avec des étudiants en santé, explique-t-il, car ils ont la sensibilité, la vocation, une tête bien faite et connaissent le 15… ». Un premier post sur la page Facebook de la Fac de médecine génère 50 candidatures en une heure ! Ernesti est né. 

Plusieurs fois primé, le projet démarre en 2017 à Bordeaux, puis s'étend à Toulouse et Paris. Aujourd’hui présente dans huit villes (Strasbourg, Nantes, Nice, Lyon et Cannes en plus des trois autres), Ernesti assure 200 nuits d’accompagnement par mois pour une cinquantaine de familles, grâce à 300 étudiants. Parmi eux : 1/3 de carabins, 1/3 d'infirmiers, 1/3 de paramédicaux.

L’organisation est parfaitement balisée. Une plateforme reçoit demandes des familles et candidatures d’étudiants dont le profil est soigneusement étudié (entretien de 30 minutes sur Skype). Les étudiants retenus se présentent sur une vidéo d’une minute qui est envoyée aux familles. Celles-ci choisissent parmi plusieurs profils. Puis c’est une rencontre physique où elles présentent leur domicile et le patient.

Expérience formatrice

Les familles sont rassurées par le profil médical des étudiants et ces derniers, déclarés et assurés, trouve dans l’accompagnement nocturne, une expérience formatrice : « S’occuper d’une personne dépendante à son domicile, est une expérience que l’on n’a pas à l’hôpital et qui m’apprend à m’adapter plus vite aux patients, explique Bastien Porcheron, en 4e année de médecine à Paris VI. Cette rencontre humaine et professionnelle nous apprend aussi le rapport à une pathologie souvent complexe. » Âgées de 60 à 98 ans, les personnes accompagnées par Ernesti souffrent parfois de troubles cognitifs, de parkinson, d'une SEP, de cancer…

« Ma première mission consistait à remplacer la femme d’un patient paraplégique, se souvient Andréa, en 2e année de médecine à Bordeaux. Il fallait se réveiller pour le retourner, afin d’éviter les escarres. C’est un geste que je n’avais jamais fait. »

Même satisfaction pour Emna Dhouieb, en 4e année de médecine à Paris VI : « C’est la première fois que je me retrouvais seule avec un patient, sans équipe derrière moi. Cela apprend l’autonomie, la responsabilité et nous pousse à évaluer seul une situation. Et un vrai lien d’amitié s’établit avec la personne âgée ».

50 euros la nuit

La motivation financière est également essentielle. Une nuit (20 heures à 8 heures) rapporte 50 euros (60 euros si besoin de changer la personne). Un salaire modeste mais « parfaitement compatible avec le stage à l’hôpital et les révisions de l’après-midi, précise Emna Dhouieb. Quand j’arrive, je passe une ou deux heures à discuter avec la personne (selon sa pathologie), puis je la couche. Ensuite je reste vigilante, mais je peux réviser ou me reposer ». « Et comparé à une garde de 24 heures, ce n’est pas si mal », complète Andréa. Pour les familles, une nuit revient à 86 euros (dont 10 euros pour Ernesti) et 46 euros une fois le crédit d’impôt déduit. 

Ernesti va étendre son implantation dans les grandes villes françaises, améliorer ses procédures numériques (contacts, paiement), s’intégrer aux réseaux de soins et de soutien social (CCAS, CLIC…) et rechercher des partenaires. La start-up semble avoir de beaux jours devant elle, car elle constitue un outil nouveau dans la panoplie du maintien à domicile. Et elle dispose d’un vivier d’étudiants quasi inépuisable.