6,4 millions de DMP ouverts mais... un déploiement parfois complexe, pointent les éditeurs de logiciels

Par
Martin Dumas Primbault -
Publié le 17/07/2019

Crédit photo : S. Toubon

La CNAM annonce avoir franchi le cap des 6,4 millions de dossiers médicaux partagés (DMP) ouverts. Une « dynamique positive », se félicite son directeur Nicolas Revel. En réalité, l'accès à ce carnet de santé numérique pour les différents professionnels de santé concernés reste un défi permanent. Et cette mission est plus facile en ville qu'à l'hôpital, alertent les représentants des fédérations des éditeurs de logiciels métier.

Interrogés le 9 juillet par la mission d'évaluation et de contrôle de la Sécurité sociale (MECSS), Mariane Cimino, déléguée générale du groupement Les Entreprises des systèmes d'information sanitaires et sociaux (LESSIS), et Francis Mambrini, président de la Fédération des éditeurs d'informatique médicale et paramédicale ambulatoire (FEIMA), ont expliqué le chemin parcouru mais aussi le travail qui reste à accomplir pour faciliter et développer l'usage du DMP par les soignants.

À l'hôpital, des centaines de logiciels différents

La première, qui représente les éditeurs de logiciels à destination des établissements de santé, a rappelé les difficultés inhérentes à son secteur. « À l'hôpital, ce sont des centaines de logiciels qui font le système d'information, c'est tentaculaire », a expliqué Mariane Cimino devant les députés. Et d'insister, « pour installer un dossier patient informatisé à l'hôpital, il faut compter entre cinq et six ans ».

La directrice générale du LESSIS a plaidé en faveur d'une dématérialisation de l'accès au DMP à l'hôpital, notamment grâce à la e-CPS [carte professionnelle de santé], afin de faciliter le travail des équipes au sein des établissements. Côté interopérabilité, cette experte assure que les trois principaux éditeurs appartenant au LESSIS, qui équipent 70 % des hôpitaux, produisent déjà des logiciels DMP compatibles. Mais la réalité est plus sombre puisque seulement 400 hôpitaux et 17 CHU sur 32 l'utilisent, vient de révéler Nicolas Revel au « Figaro ».

Interrogé sur le même sujet, Francis Mambrini a avancé des chiffres encourageants pour le secteur ambulatoire. La FEIMA représente en moyenne 70 % des libéraux de santé (médecins, officines, paramédicaux, dentistes et laboratoires d'analyse). « Sur ces quelque 240 000 professionnels que nous équipons, 90 % ont la possibilité de disposer d'un logiciel DMP compatible », assure son président. Enthousiasme partagé par le directeur de la CNAM qui vante une « vraie dynamique » et avance les chiffres de 42 % de généralistes qui consultent déjà régulièrement le DMP (mais 20 % qui l'alimentent).

Réglementation trop dense

Pourquoi la dynamique d'usage du DMP n'est-elle pas encore plus soutenue ? Francis Mambrini pointe du doigt une raison principale : « l'errance du projet et du portage politique ».

De fait, avant la nouvelle campagne de déploiement à la mi-novembre 2018, le DMP avait été lancé une première fois en 2004, puis relancé en 2009. Il était piloté d'abord par l'Agence française de la santé numérique (ASIP) avant d'être confié à la CNAM. « Tout cela a créé le doute chez les professionnels de santé », affirme le président de la FEIMA qui veut croire à de meilleures perspectives. « La situation est en train de changer, la situation politique est stable et on sent un engagement réel sur le sujet. »

Toutefois, il reste une ombre au tableau, juge Francis Mambrini : l'excès de règles fixées notamment par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). Illustration : « Aujourd'hui, les règles d'authentification telles qu'elles sont posées par la CNIL ne permettent pas, dans des conditions simples, au préparateur d'officine d'accéder au DMP. »

À quoi bon ?

Sur le terrain, les médecins libéraux restent circonspects. Quand bien même l'assurance-maladie est « efficace dans le déploiement » et les éditeurs de logiciels « font bien leur boulot », le DMP « n'a pas montré son utilité pour les généralistes », tranche le Dr Jacques Battistoni, président de MG France. Et d'enfoncer le clou : « Plutôt que de se demander comment les médecins peuvent se servir du DMP, il faut se demander à quoi peut-il leur servir ? »

Le leader du syndicat de généralistes regrette un outil encore « figé » dans lequel les praticiens doivent aller chercher eux-mêmes les informations alors qu'elles devraient leur parvenir automatiquement. Il propose de développer des systèmes de « messagerie instantanée » ou de « réseaux sociaux », selon lui bien plus utiles pour les médecins.


Source : lequotidiendumedecin.fr