La PACES 1 « sans redoublement », le projet qui jette le trouble 

La PACES 1 « sans redoublement », le projet qui jette le trouble 

Sophie Martos
| 25.01.2018
  • paces

    La PACES 1 « sans redoublement », le projet qui jette le trouble 

C'est une petite révolution en marche. Quatre facultés de médecine parisiennes – Paris V (Descartes), Sorbonne Université (ex-Paris VI), Paris VII (Diderot) et Paris XII (Paris-Est-Créteil) – lanceront dès la rentrée universitaire 2018 l'expérimentation d'une PACES en un an, sans redoublement possible, selon des informations concordantes des doyens et des étudiants. Les facultés de médecine de Lille et de Brest envisagent également de se lancer, selon un document dont le « Quotidien » a pris connaissance.

En interdisant le redoublement, le projet baptisé « PACES 1 » ou « PACES particulière » vise à orienter les étudiants vers une filière santé en une seule année et à limiter le gâchis humain du système actuel.

Cette sélection, qui risque de provoquer un débat vif dans les amphis, s'inscrit dans les expérimentations d'alternatives à la PACES qui, depuis 2014, testent de nouveaux modèles d'entrée dans les études de santé. « Le processus de sélection des étudiants qui réussissent la PACES doit être considéré comme peu efficient, puisque, aujourd'hui 50-70 % de ces étudiants ont besoin de deux années pour réussir », peut-on lire dans le document.

Pour autant, le principe de la deuxième chance, exigé par les étudiants, serait systématiquement maintenu grâce au dispositif complémentaire AlterPACES, permettant de rejoindre le cursus santé plus tard, après une deuxième ou troisième année licence.

Un oral en fin de second semestre

Cette nouvelle voie (concours PACES 1) couvrirait environ 75 % du numerus clausus de chaque faculté concernée (le reste des places – 25 % au maximum  étant réservées par avance à l'AlterPACES de deuxième chance). 

Le concours lui-même se déroulerait avec deux épreuves écrites (principalement sous forme de QCM) à chaque fin de semestre. Nouveauté : le classement serait établi avec un numerus clausus décomposé : les étudiants classés dans la limite de 80 % des places « sont définitivement admis et entrent en seconde année ». Les 20 % de places restantes seraient attribuées à l'issue d'un nouvel examen oral de repêchage.

Originalité : le nombre d'étudiants pouvant se présenter à cet oral sera « le double ou triple » du nombre de places restant à répartir. Cette méthode, inspirée de PluriPASS à Angers, permettra d'introduire de nouveaux critères d'évaluation « non perceptibles à l'écrit » et plus discriminants : motivation, adaptation aux études, qualités humaines ou relationnelles, projet professionnel... Les étudiants reçus entrent en seconde année.

Les "reçus-collés" (qui n’ont pas réussi à se hisser en deuxième année malgré leurs notes supérieures à la moyenne) sont recalés. Toutefois, s'ils ont validé 60 crédits ECTS, ils peuvent être admis en deuxième année de licence.

Deuxième chance

Même si le redoublement en première année est interdit, une seconde chance sera donc accordée grâce à l'AlterPACES, passerelle déjà opérationnelle dans une quinzaine de facs mais qui gagnerait donc ses galons de voie à part entière. Elle permet le recrutement sur dossier et entretien d'étudiants ayant déjà validé une licence. Selon les cas, 10 à 25 % du numerus clausus serait réservé à cet accès tardif, davantage qu'actuellement. Les étudiants ayant échoué en PACES 1 pourraient y postuler. 

Un arrêté précisant le cadrage national de cette expérimentation est attendu. Une réunion de validation au Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) est prévue mi-février. « Les grandes lignes du projet sont identiques mais il pourra y avoir quelques spécificités aux facultés », explique au « Quotidien » le Pr Bruno Riou, doyen de la faculté de médecine Sorbonne Université, aux manettes de ce projet.

Cette expérimentation entraînerait une diminution du nombre d'étudiants en PACES et surtout par groupe d'enseignements dirigés. Le contenu pédagogique serait modifié mais « pas avant la rentrée 2019 », avertit le Pr Riou. « Le volume de cours diminuerait de 20 % et les enseignements seraient plus diversifiés », ajoute-t-il. Autres bénéfices espérés : la limitation du contournement du numerus clausus et la fuite croissante d'étudiants vers des facultés de l'union européenne.

Pour l'Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEFM) ce projet « est très ambitieux et positif », confie son président Yanis Merad au « Quotidien ». Il diminuera « le nombre d'étudiants, le risque des filières en tension et permettra une réorientation plus facile et une économie d'années d'études pour les étudiants », commente-t-il. En effet, il sera possible à un étudiant de valider une licence en trois ans tout en ayant tenté sa chance deux fois au concours PACES, « là où il aurait fallu entre quatre et cinq années dans d’autres universités », argue-t-il. 

Concertation  

Mais parmi les corpos étudiantes et les élus UFR, ce projet ne fait pas encore le plein. Contactés, les élus de Lille déclarent s'opposer au schéma « dans sa forme actuelle ». Ils accusent la direction de l'UFR d'un passage en force. Le dialogue devrait reprendre ce 25 janvier à Lille lors de la commission de la formation et de la vie universitaire.

Joints également, les élus UFR de Sorbonne Université et Paris V sont plus positifs, citant des bénéfices non négligeables comme les capacités d'accueil. « Les premières esquisses de cette nouvelle PACES paraissent pallier efficacement le problème des capacités d’accueil et du gâchis humain sans résoudre le problème de fond, à savoir l'orientation pré-bac », soulignent-ils.

Augmentation transitoire du numerus clausus ?

Pour éviter une perte de chance des primants lors de l'année de transition (ils affronteront des doublants sans pouvoir, eux, redoubler), les doyens proposent d'augmenter le numerus clausus « afin de garantir une égalité pour chaque classe d'âge ». Le calcul de la hausse prendrait en compte plusieurs paramètres dont le nombre de places en AlterPACES ou les capacités des filières santé. L'ANEMF a déjà précisé que cette hausse pourrait être de l'ordre de 25 %. 

D'autres points de vigilance sont évoqués comme le commerce de nouvelles prépas privées. Les élus UFR craignent déjà le développement de prépas « P0 » en parallèle du lycée, ce qui « renforcerait l'inégalité des chances » et « la sélection par l'argent ».

Mais surtout, les jeunes réclament maintenant une communication officielle et chiffrée sur les chances précises d'un étudiant primant en PACES afin que cette réforme ne soit pas accueillie dans un climat de tension alors que les lycéens font leurs vœux de formation…

 

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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