La ministre de la Santé en faveur d'une extension temporaire de l'obligation aux 11 vaccins pédiatriques

La ministre de la Santé en faveur d'une extension temporaire de l'obligation aux 11 vaccins pédiatriques

Coline Garré
| 16.06.2017
  • VACCIN

« Nous réfléchissons à rendre obligatoires les onze vaccins pédiatriques* pour une durée limitée, qui pourrait être de cinq à dix ans », a indiqué la ministre de la Santé Agnès Buzyn, dans une interview ce 16 juin au « Parisien ». Ainsi reprend-elle le dossier de la rénovation de la vaccination, que sa prédécesseure à Ségur, Marisol Touraine, n'avait pas pu mener à son terme.

Le Pr Agnès Buzyn s'inscrit dans la continuité des conclusions du comité d'orientation de la concertation citoyenne, présidé par le Pr Alain Fischer. « Ce double système (où cohabitent vaccins obligatoires et recommandés, N.D.L.R.) est une exception française. Cela pose un vrai problème de santé publique », déclare-t-elle. Elle s'inquiète notamment de la réapparition de la rougeole, des dix enfants décédés depuis 2008 et d'une quinzaine, hospitalisée. « Comme ce vaccin est seulement recommandé et non obligatoire, le taux de couverture est de 75 % alors qu'il devrait être de 95 % pour prévenir cette épidémie », rappelle-t-elle. « Même problème avec la méningite : il n'est pas supportable qu'un ado de 15 ans puisse en mourir parce qu'il n'est pas vacciné », s'indigne-t-elle. Elle observe également que l'Italie vient de décider l'obligation vaccinale pour 12 vaccins, pour endiguer la vague anti-vaccin.

Vers une obligation pour les soignants ?

Agnès Buzyn n'évoque pas la clause d'exemption que proposait le Pr Fischer pour les parents qui refuseraient catégoriquement la vaccination – et qui s'est révélée difficilement applicable, après analyse juridique.

« Je déteste la coercition, ce n'est pas dans mon tempérament. Mais là, il y a une urgence (...). Il y a des fois où l'obligation est une bonne chose pour permettre à la société d'évoluer », défend-elle, citant en exemple l'obligation de la parité hommes-femmes dans les conseils d'administration. La ministre de la Santé réfléchit aussi à une obligation vaccinale pour les soignants. « Je ne comprends pas ceux qui ne s'immunisent pas, ils font courir un risque à leurs patients. J'en discuterai avec l'Ordre des médecins et des pharmaciens », déclare-t-elle. Une question déjà soulevée lors de la dernière épidémie grippale.

Elle appelle enfin à faire œuvre de pédagogie : « La vaccination, ce n'est pas seulement l'intérêt qu'on y trouve soi-même, c'est un enjeu de solidarité, une façon de protéger l'ensemble de la société » dit-elle. « On ne peut réduire la question de la vaccination à l'intérêt des laboratoires », ajoute-t-elle.

La ministre, qui avait déjà évoqué le sujet lors de sa première intervention aux Rencontre de Santé publique France, joue avec le temps. Le Conseil d'État a enjoint au ministère de la Santé de rendre disponible le DTP — obligatoire pour les enfants de moins de 6 mois - sans association avec d'autres valences d'ici à août.

La prise de position de la ministre a immédiatement suscité les habituelles réactions. « La restauration de la confiance ne passe pas par l'infantilisation et le mépris des parents inquiets pour la santé de leurs enfants », a réagi l'eurodéputée EELV Michèle Rivasi. L'association E3M et le Revahb, hostiles aux adjuvants, appellent Agnès Buzyn à ne pas « passer en force », au risque de faire « des hésitants vaccinaux » de farouches opposants.

La CSMF salue au contraire la décision de la ministre de la Santé : « Les controverses sur la vaccination ont été alimentées par des contre-vérités sans fondement scientifique rigoureux, mais aussi par les incohérences des pouvoirs publics au fil des années. »

« Pas contre » le paquet de cigarettes à 10 euros

Par ailleurs, Agnès Buzyn a avancé ses pions en faveur du paquet de tabac à 10 euros, promesse du candidat Macron. « Je ne suis pas contre cette hausse (...) J'entends l'inquiétude des Français sur leur pouvoir d'achat mais il s'agit d'un impératif de santé publique », a-t-elle déclaré prudemment, sans fixer de calendrier. Elle a enfin redoublé de prudence au sujet du vapotage : « on a peu de preuves scientifiques pour considérer qu'il s'agit d'un outil efficace » a-t-elle dit, affichant sa volonté de maintenir l'interdiction de vapoter au 1er octobre prochain dans les lieux publics.

* Diphtérie, tétanos, polio, déjà obligatoires, mais aussi coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, Haemophilus influenzae, pneumocoque, méningocoque C, aujourd'hui fortement recommandés. 

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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