Déserts médicaux, permanence des soins, gardes

Déserts médicaux, permanence des soins, gardes

08.06.2016

Pour faire face à la raréfaction des médecins, les initiatives se multiplient en région, en s’appuyant sur des systèmes d’information et les derniers outils numériques. Les médecins utilisent les nouveaux moyens de communication pour garder le contact avec leurs confrères ou parfaire leurs connaissances.

  • Déserts médicaux, permanence des soins, gardes-1

Pas assez de médecins dans bon nombre de régions françaises. Les dernières données de l’Assurance maladie (CNAM)[1] sont éloquentes. Elles attestent d’une contraction des effectifs chez les généralistes comme chez les spécialistes, dans un contexte de croissance de la population sur notre territoire.

Recul du nombre des médecins attendu jusqu’en 2025

Entre 2011 et 2015, les effectifs des médecins libéraux se sont effrités de 0,5 %, tombant de 116 594 à 114 425. Le repli est particulièrement marqué chez les généralistes qui ne sont plus que 54 814 aujourd’hui (– 0,7 %). Leur nombre se réduit dans de plus amples proportions que les autres spécialistes (– 0,3 %). Aujourd’hui, un médecin généraliste gère en moyenne 864 patients, comme médecin traitant, selon la CNAM. Cette situation devrait même empirer à l’avenir. Selon les données réactualisées de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques du ministère des Affaires sociales (DREES)[2], publiées en février dernier, le nombre de médecins généralistes libéraux devrait, en effet, poursuivre son déclin jusqu’en 2025, avant de remonter et de retrouver en 2031, seulement, le niveau de 2016. Cette désertification médicale n’est pas l’apanage de la campagne seule : elle touche aussi 70 % des petites villes en zone rurale. En parallèle de ces enquêtes, le nombre croissant de recherches sur Internet pour un médecin généraliste pourrait illustrer cette désertification médicale[3].
Pas facile dans ces conditions d’assurer la permanence des soins. Ainsi, seuls 65 % des généralistes y ont participé en 2015, contre 67 % en 2014, selon les chiffres publiés récemment par l’Ordre des médecins. La « nuit profonde », de minuit à 8 heures du matin, est particulièrement concernée. Dans certaines villes, les médecins de SOS Médecins prennent ainsi le relais des autres généralistes, la nuit et les week-end et parfois même, en consultation en journée dans les zones dépourvues de médecins.

Télémédecine à l’honneur

Face à cette pénurie de praticiens, les initiatives se multiplient en région pour améliorer le suivi des patients, comme par exemple dans la fibrillation atriale, à Saint-Yrieix-la-Perche, en Haute-Vienne ou dans le suivi post-AVC dans plusieurs régions françaises. Il s’agit, en effet, d’éviter ainsi les accidents ou récidives. Mais, le développement de la télémédecine et, notamment, la télésurveillance en secteur ambulatoire restent freinés par leur coût et un cadre réglementaire jugé trop rigide. D’autres initiatives fleurissent comme la cabine de télémédecine 4HD utilisée, parmi d’autres fins, pour désengorger les urgences, mais aussi pallier le manque de médecins dans les déserts médicaux. De même, les consultations à domicile sont désormais légion (voir article : « Les plateformes de conseils médicaux en ligne se multiplient »), avec l’arrivée de nouveaux acteurs comme mesdocteurs.com ou directodoc.fr.

La plate-forme territoriale d’appui (PTA) pour une meilleure coordination

Un praticien se retrouve souvent seul face à une décision lourde de conséquences. Dispositifs à destination des professionnels de santé, les TPA[4] accompagnent les médecins, notamment en cas de difficulté, afin de mieux gérer une situation complexe. Pilotées par les agences régionales de santé (ARS), elles se déclinent en cinq projets régionaux et concernent 1,4 million d’habitants, aussi bien citadins que ruraux. Ces programmes répondent aux enjeux identifiés dans la Stratégie nationale de santé et la loi de santé. Composées de professionnels du médical et du médico-social, les équipes de la PTA viennent coordonner l’action des dispositifs existants pour un meilleur parcours de santé des patients sans distinction de pathologie et d’âge. Le but : une meilleure efficacité, particulièrement en s’appuyant sur des systèmes d’information et outils numériques.
Autre moyen de pouvoir échanger sur son exercice : travailler en maison interdisciplinaire (voir article : « Ensemble, c’est tout. Les maisons pluridisciplinaires ») pour pouvoir partager avec ses pairs et d’autres professionnels de santé.

Réseau en ligne et sites Internet

Appartenir à des réseaux sociaux devient aussi monnaie courante chez les praticiens. Ne serait-ce que pour confronter leur expérience ou pour parfaire leurs connaissances.
 
« Les réseaux sociaux généralistes offrent de nombreuses informations relatives à la santé : selon le baromètre “Web et Santé”[5], Facebook représente à lui seul 51 % des conversations sur le thème de la santé, selon un récent rapport du Conseil national du numérique[6]. Parallèlement, les réseaux sociaux entre professionnels de santé se multiplient (Talent Pharmacie, DocteurSearch, MeltingDoc) afin de faciliter le partage d’expériences et l’accompagnement au quotidien, en complément de l’activité médicale. » Toutefois, rares sont encore les praticiens qui participent à ces groupes de pairs en ligne ou communautés de médecins comme en atteste le dernier Baromètre mobile Vidal-Cnom. En novembre 2015, sur les quelque 1 200 médecins possédant un smartphone, ils n’étaient que 12 % à y prendre part parfois ou souvent. Les médecins ont encore de la marge.

 
Christine Colmont
 


[1] Données de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) présentées le 31 mars 2016 aux syndicats de médecins dans le cadre des négociations conventionnelles publiées dans Les Échos du 1er avril, à consulter sur Internet http://www.lesechos.fr/journal20160401/lec1_france/021808368076-le-nombre-de-medecins-liberaux-en-repli-dans-lensemble-des-specialites-1210891.php
 

[2] Portrait des professionnels de santé. Février 2016, DREES, à consulter sur Internet http://drees.social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/ouvrage_gcs.pdf

[3] http://barometre.pagesjaunes.fr/

[4] http://fr.slideshare.net/esante_gouv_fr/20160212-asip-sant-parcours-de-soins-les-plateformes-territoriales-dappui
 

[5] Hopscotch Listening Pharma, http://fr.slideshare.net/Hopscotchdigital/baromtre-web-sant-hopscotch-listening-pharma-20007420
 

[6] Rapport du Conseil national du numérique « La Santé, bien commun de la société numérique : construire le réseau du soin et du prendre soin », octobre 2015. À consulter sur Internet :
http://www.cnnumerique.fr/wp-content/uploads/2015/07/CNNum_Rapport-Sante%CC%81-bien-commun-de-la-soci%C3%A9t%C3%A9-num%C3%A9rique.pdf
 


Source : Lequotidiendumedecin.fr

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