Une campagne contre le viol invite à libérer la parole

Une campagne contre le viol invite à libérer la parole

Coline Garré
| 04.03.2016
  • campagne anti viol

    Une campagne contre le viol invite à libérer la parole

Se taire 20 ans, 30 ans, 40 ans, après avoir subi un viol : « personne ne mérite de subir ça » racontent les voix râpées par les âges d'Anna, Mathilde, et Lise. Trois femmes et trois histoires au centre de la campagne radio et web du Collectif féministe contre le viol (CFCV), diffusée à partir du 5 mars 2016.

Parler pour (commencer à) se reconstruire est le principal message que veut faire passer le CFCV, qui met à disposition le 0 800 05 95 95*, « Viols-femmes-informations », un dispositif d'écoute et d'accompagnement des victimes de viol.

« La souffrance est majorée par la honte, la culpabilité, l'absence d'écoute et de compréhension auxquelles elles se heurtent, d'autant plus que le violeur est souvent une personne de leur entourage », dit le Dr Emmanuelle Piet, présidente du CFCV. Et le Dr Gilles Lazimi, coordinateur de la campagne, de rajouter : « Victime d'un viol, elle a besoin d'écoute, de soutien, de justice et de soins. Elle pourra alors surmonter les effets du viol ». Sans prise en charge, les victimes peuvent être confrontées à des problèmes majeurs de santé.

Selon les chiffres de la mission interministérielle pour la protection des femmes (MIPROF) relayés par le CFCV, plus de 86 000 femmes adultes et 16 000 hommes sont victimes de viol chaque année, dans 86 % des cas par des proches ou l'entourage, dans 38 %, par le conjoint. Dans seulement 13 % des cas, une plainte est déposée ; dans 1 à 2 % des cas, il y a une condamnation.

Céder disqualifierait un viol... et autres idées fausses des Français

Selon une enquête menée pour l'association mémoire traumatique et victimologie sur les représentations des Français sur le viol**, les préjugés sur le genre ont la vie dure. Florilège : 63 % des personnes interrogées (65 %, chez les femmes) estiment que « pour un homme, c'est plus difficile de maîtriser son désir sexuel que pour une femme » ; 19 % pensent que « beaucoup de femmes disent non, mais ça veut dire oui » lorsqu'on essaye d'avoir des relations sexuelles avec elles ; 21 % (et près d'un tiers des 18-24 ans) approuvent l'énoncé « lors d'une relation sexuelle, les femmes peuvent prendre du plaisir à être forcées ». 

La définition même du viol (« tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise, est un viol » dit le code pénal) est ignorée. Encore 24 % des Français considèrent à tort qu'une fellation forcée relève de l'agression sexuelle (qui, elle, se définit comme« toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise »). 

Céder à des menaces, flirter, séduire, constitueraient pour un quart des Français un motif de déresponsabilisation du violeur. Et les connaissances sur la réalité des viols (chiffres, poursuites judiciaires, prise en charge, etc.) sont souvent erronées et dominées par le mythe du « vrai viol », à l'extérieur, sous la menace d'une arme, par un inconnu, à l'encontre d'une jeune femme séduisante.

« Loi du silence, déni, impunité, absence de reconnaissance, de protection et abandon des victimes de violences sexuelles règnent encore en maîtres », déplore la présidente de Mémoire traumatique, la psychiatre Muriel Salmona.

*Numéro d'appel gratuit accessible du lundi au vendredi de 10 heures à 19 heures. Cette permanence, créée en 1986, reçoit 7  000 appels de victimes chaque année, 50 000 témoignages de femmes depuis son ouverture.

**Enquête réalisée auprès de 1 001 personnes représentatives de la population française adulte, du 25 novembre au 2 décembre 2015, par internet, selon la méthode des quotas.

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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