Suicide : 27 décès par jour, une baisse « insuffisante » selon l'Observatoire

Suicide : 27 décès par jour, une baisse « insuffisante » selon l'Observatoire

Dr Lydia Archimède
| 04.02.2016

L'Observatoire national du suicide, créé en 2013, a rendu cette semaine sont deuxième rapport au ministre de la Santé. Intitulé, « Suicide, connaître pour prévenir  : Dimensions nationales, locales et associatives », il se situe dans la continuité du premier qui s'était attaché à dresser un état des lieux des connaissances sur le suicide.

Malgré une tendance à la diminution depuis le début des années 2000, le suicide est encore à l'origine de près de 27 décès par jour en France, en majorité des hommes, loin devant la mortalité routière. En 2012, 9 715 personnes sont mortes par suicide en alors que la route faisait 3 426 victimes. « Il s’agit là d’une estimation puisqu’en raison d’erreurs ou d’absence de codage parmi les 558 408 certificats de décès…, le nombre de suicides se rapproche plus vraisemblablement des 10 700 décès », indique l'Observatoire.

Surmortalité masculine

« C'est un drame de santé publique », a déclaré Marisol Touraine lors de la remise du rapport, estimant qu'il était temps d'agir pour prévenir le passage à l'acte.

L'observatoire souligne la surmortalité masculine « présente à tous les âges bien que davantage marquée entre 25 et 44 ans où la part des décès masculins avoisine 80 % ». En revanche, les femmes sont majoritaires concernant les tentatives de suicide. Le nombre de tentatives est estimé à 200 000 par an, 20 fois plus que le nombre de suicides.

« Il est surtout le fait des jeunes filles entre 15 et 20 ans et dans une moindre mesure des femmes âgées de 40 à 50 ans, même si pour ces deux classes d’âge, une baisse des taux d’hospitalisation dans les services de médecine et de chirurgie suite à une tentative de suicide est observée depuis 2010 », précise le rapport.

Si l'on tient compte des pensées suicidaires, 5 % des personnes de 15 à 75 ans en France métropolitaine, 4,2 % en Guadeloupe, 4,4 % en Martinique, 4,7 % à la Réunion et 5,5 % en Guyane déclarent avoir eu de telles pensées au cours des douze derniers mois.

Pendaisons, armes à feu, médicaments

La Bretagne reste la région où les gens se suicident proportionnellement le plus, devant la Basse-Normandie, le Nord-Pas-de-Calais, le Limousin et les Pays de la Loire, avec des taux supérieurs de plus de 25 % au taux moyen de la France métropolitaine.

Les régions Midi-Pyrénées, Corse, Rhône-Alpes et Alsace enregistrent les plus bas taux, tandis que la seule région où le taux de suicide a augmenté depuis 2002 est la Lorraine.

Les modes de suicide les plus fréquents sont la pendaison (54 %), loin devant les armes à feu (15 %), les prises de médicaments ou d'autres substances (11 %) ou les sauts dans le vide (7 %), avec là aussi des différences notables entre les hommes et les femmes : ces dernières ont davantage recours aux médicaments (25 %) alors que les hommes préfèrent la pendaison (59 %) ou les armes à feu (19 %).

La France se situe parmi les pays européens ayant les taux de suicide élevés, avec un taux de 16,7 pour 100 000 habitants en 2012, contre 11,7 pour 100 000 dans l'ensemble des 28 pays de l'Union européenne.

Bientôt une nouvelle feuille de route pour la prévention

Et surtout, sur une longue période d’observation, « le constat d’un nombre de suicides qui diminue – - 17 % depuis 2002 –, mais pas suffisamment, est bel et bien présent et des enjeux continuent de se poser, notamment en termes de prévention, de postvention mais aussi de communication autour de ce fait social », insiste l'Observatoire. Le rapport dresse un panorama des actions de prévention menées par les associations et souligne la nécessité d'une harmonisation des outils dont elles disposent. Il rappelle l’importance de mieux connaître les interactions entre facteurs de risque de suicide.

Marisol Touraine devrait présenter au cours du premier semestre une nouvelle feuille de route pour la prévention du suicide. « Ce travail s’appuiera bien entendu sur vos recommandations », a lancé la ministre. Il s'appuiera également sur le rapport du Haut Conseil pour la santé publique (HCSP) et sur le rapport d’évaluation du plan psychiatrie et santé mentale, attendus tous deux dans les prochaines semaines.

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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