Procès de la maltraitance : la passivité des services sociaux en question

Procès de la maltraitance : la passivité des services sociaux en question

18.06.2012
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    Procès de la maltraitance : la passivité des services sociaux en question

Les services sociaux sont convoqués devant la cour d’assises du Mans, où se tient depuis une semaine le procès de Virginie Darras, 33 ans, et Éric Sabatier, 40 ans, accusés de « torture et actes de barbarie sur mineur de moins de 15 ans par ascendant ayant entraîné la mort ». Leur fille Marina est décédée le 6 août 2009 après six ans de maltraitances.

Pourquoi les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE) du conseil général de la Sarthe ont-ils tant tardé à agir, alors que le calvaire de Marina, née en 2001, est ponctué de signalements ?

Les premiers soupçons de maltraitance datent de 2006 : la grand-mère compose le 119, le numéro d’Enfance en danger, service rattaché au conseil général. Les assistantes sociales ne la croient pas et l’accusent de vouloir récupérer Marina, a-t-elle expliqué la semaine dernière au procès. Ces services ne seront pas entendus à la barre. Seule l’aide sociale à l’enfance témoigne ce lundi après-midi.

Registre des blessures

Les signalements commencent vraiment lorsque Marina est scolarisée à 6 ans. À l’école de Parennes (Sarthe), elle vole les goûters de ses camarades. « La mère disait que sa fille était boulimique, qu’elle mangeait tout le temps. Les parents avaient toujours des explications », se souvient une des enseignantes, auditionnée la semaine dernière. La démarche de l’enfant interpelle : « un pied rentrait dedans, un doigt ne fonctionnait pas, elle avait très peu de cheveux ». Deux institutrices commencent à tenir un registre au jour le jour des blessures qu’elles observent.

Mais elles se heurtent à l’immobilisme de la médecine scolaire et du directeur d’école. La première examinera 2 fois Marina sans constater de marque de sévices. Le second a reconnu s’être « senti rassuré » par les explications des parents, qui, devant le visage tuméfié de leur fille, parlent de « conjonctivite » et de « maladie immunodéfensive ».

Signalement à la justice

Les enseignantes de Parennes transmettent la liste des blessures à l’école de Saint-Denis-d’Orques où les parents déménagent. Sans attendre la rentrée des classes, la directrice de l’école fait un signalement au parquet et à la protection de l’enfance en juin 2008. Un autre médecin scolaire l’examine et découvre une profonde ecchymose sur le dos de l’enfant. Elle fait aussi un signalement, qui aboutit à l’examen de Marina par un médecin légiste en juillet. Il recense 19 lésions « d’allure ancienne qui restaient très suspectes du point de vue de leur nombre ». Dans une vidéo en date du 23 juillet 2008, Marina, auditionnée par deux gendarmes, raconte qu’elle tombe ou se brûle en prenant sa douche. « Dis donc toi, tu es une sacrée cascadeuse », lui fait remarquer un gendarme. Rire mécanique de la fillette, qui, sauf un lapsus, défend sans faillir ses parents. Le procureur de la république de la Sarthe classe l’affaire sans suite le 10 octobre. Aucune saisine du juge des enfants ni mesure d’assistance éducative n’est lancée.

En 2009, Marina change à nouveau d’école. La médecin scolaire qui la suit depuis un an parvient, avec le directeur de l’établissement, à la faire hospitaliser 5 semaines à l’hôpital du Mans, pour des plaies aux pieds lui faisant courir un risque vital. Praticien, enseignants, directeur d’école et hôpital : tous lancent un nouveau signalement aux services sociaux.

Lorsque Marina finit par sortir de l’hôpital, elle est de nouveau confiée à ses parents. Elle décède 3 mois plus tard.

Les services sociaux ont-ils été piégés par le syndrome des enfants battus, dit de Silverman, dont souffrait peut-être Marina ? « Elle ne donnait pas d’explications. Elle disait qu’elle les aimait », déclare la médecin scolaire. Ont-ils été bernés par les explications du père, décrit par son entourage comme « manipulateur et menteur » ?

Pas de « danger immédiat ».

La cadre des services sociaux, en charge de la prévention et protection de l’enfance, assure qu’il n’y avait « pas de danger immédiat repéré » par l’assistance sociale et la puéricultrice, le 17 juin 2009, lorsque Marina rentre de l’hôpital. Sans cette condition sine qua non, aucune mesure de protection sans délai ne pouvait être envisagée, a-t-elle expliqué aujourd’hui devant la cour d’assises. La puéricultrice est pourtant retournée le 25 juin au domicile des Sabatier, confirmant le premier diagnostic tout en parlant de vigilance. Les rendez-vous suivants sont reportés par le père. Les services sociaux effectuent 2 autres visites en août et septembre. Marina est déjà décédée.

Virginie Darras et Éric Sabatier, en procédure de divorce, encourent la réclusion à perpétuité. Les services sociaux pourraient aussi ne pas ressortir indemnes d’un procès où éclate leur cécité.

 COLINE GARRÉ
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 1 Commentaire
 
19.06.2012 à 16h37

« Dans une autre région, que je nommerai pas pour conserver l'anonymat (la diffamation nous guette), c'est la magistrate qui fait "de la résistance" face aux enquêtes des services sociaux et divers si Lire la suite

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