Harpiste depuis l’âge de huit ans, Fanny Joubert a perçu très tôt les bienfaits des œuvres musicales sur ses proches. Et à l’école d’infirmière, c’est tout naturellement qu’elle a choisi de consacrer son mémoire de fin d'études à la place de la musique à l'hôpital. En 2018, alors qu’elle exerce depuis cinq ans au CHRU de Tours, l’établissement accepte de financer sa formation, en alternance, de musicothérapeute à l'université de Nantes. Diplômée en 2021, elle réfléchit avec la Direction des soins à la meilleure manière de valoriser cette nouvelle compétence et très vite, c’est le service de rhumatologie qui s’impose. « L’équipe aime mettre en oeuvre des pratiques innovantes. Par ailleurs, intervenir auprès de patients chroniques douloureux et souvent anxieux nous paraissait intéressant », explique-t-elle.
Depuis avril 2023, Fanny Joubert, détachée à 50% de son temps infirmier, intervient donc deux jours par semaine auprès de personnes atteintes de pathologies rhumatismales en hospitalisation complète, de jour ou encore dans le cadre de programmes d’éducation thérapeutique du patient (ETP).
Des séances individuelles et collectives
Avant chaque séance individuelle, la musicothérapeute définit les objectifs thérapeutiques avec le patient en fonction de ses besoins et de ses difficultés. « Nous travaillons sur la douleur aiguë et le stress en hospitalisation complète et sur la douleur chronique en hôpital de jour en recourant à la musicothérapie active (c'est-à-dire que je propose au patient d'utiliser des instruments de musique et de travailler avec lui sur le lâcher-prise autour de rythmes et de mélodies qu'il va lui-même créer) ou réactive », indique-t-elle. Dans ce dernier cas, Fanny Joubert joue elle-même du tongue drum ou fait écouter des œuvres choisies par le patient lui-même. « Je peux aussi proposer de la détente psychomusicale, avec des montages spéciaux favorisant le relâchement à la fois physique et psychique ».
L’activité est également proposée en groupe - de huit personnes maximum - sous la forme de dix ateliers d’1 heure 30, l’objectif étant alors d’apprendre à mieux gérer une maladie chronique, les émotions qui lui sont liées et à réduire l’anxiété et la douleur.
« Le service de rhumatologie du CHU de Tours propose deux programmes d'éducation thérapeutique (ETP) reconnus par l'Agence régionale de santé dont l’un, dédié aux rhumatismes inflammatoires chroniques, comprend une initiation à la musicothérapie. Celles et ceux qui ont suivi le programme complet d’ETP peuvent poursuivre cette activité avec Fanny », complète Julie Goupil, cadre supérieure de santé missionnée par la coordinatrice générale des soins du CHU pour accompagner Fanny Joubert dans ce projet.
Des bénéfices sur la douleur et l’anxiété
Pour objectiver les bienfaits de cette pratique utilisant la médiation artistique, des échelles de douleurs et d'anxiété sont systématiquement proposées aux patients qui peuvent aussi exprimer leur ressenti oralement et à l’écrit. « L’analyse des 400 questionnaires individuels remplis à ce jour confirme qu’entre le début et la fin de la séance, les patients mentionnent une baisse d'1,5 point sur l’échelle de la douleur et de 2,5 points sur celle de l'anxiété. Et les échelles de qualité de vie remplies par les patients travaillant en groupes font état d’améliorations qui perdurent plusieurs mois », se réjouit l’infirmière.
« Dans le projet de soins de l'établissement 2024-2028, nous veillons à identifier toutes les thérapies et techniques de soins non médicamenteux mis en place par nos équipes et à les évaluer. Notre volonté était aussi que Fanny puisse continuer à exercer en qualité d’infirmière car cette double compétence est précieuse pour nous", ajoute Julie Goupil.
Elle l’est aussi pour les patients qui ont souhaité témoigner à leur manière de l’apport de la prise en soin en musicothérapie. Six femmes, âgées de 43 et 58 ans, suivies lors de deux cycles de 10 séances, se sont ainsi lancées dans un projet d’écriture de chansons autour de leur vécu avec la maladie chronique. Elles ont créé de A à Z un projet sonore, improvisé musiques et accompagnements, écrit, lu et chanté les textes et même créé une jaquette de pochette pour habiller leur production. Elles ont baptisé ce projet… Victoire.
« L’équipe de Rhumatologie est ravie d’avoir accueilli cette initiative pionnière au CHRU, note pour sa part le Dr Isabelle Griffoul, cheffe de service de rhumatologie. Après des séances proposées aux soignants afin de découvrir cette nouvelle activité, la musicothérapie a désormais toute sa place auprès de nos patients : soit en suivi pour les personne souffrant d’une maladie chronique pour mieux contrôler les douleurs, le stress … ; soit pour les patients hospitalisés en support des soins ou encore d’une annonce de diagnostic ; soit enfin lors de la réalisation d’un soin technique douloureux afin d’améliorer le confort du patient, du soignant, voire de diminuer la dose d’antalgique associée. »
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