Le chômage, responsable de 45 000 suicides par an dans le monde

Publié le 11/02/2015
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Crédit photo : S. Toubon

Le chômage est associé à un surrisque de suicide de 20 à 30 %, selon une analyse publiée dans « The Lancet Psychiatry », menée par les chercheurs de l’hôpital psychiatrique universitaire de Zurich. Les auteurs ont travaillé sur les données sur le suicide fournies par l’Organisation mondiale de la santé, et les ont croisées avec celles issues du Fonds monétaire international. Ils ont pu ainsi mesurer l’impact du taux de chômage sur le risque de suicide dans 63 pays, en fonction du sexe de la classe d’âge.

5 000 cas par an supplémentaire depuis 2007

Les auteurs estiment que le chômage est à l’origine d’un cinquième des 233 000 suicides recensés chaque année dans les pays de l’étude, soit 45 000 suicides par an. Entre 2007 et 2009, la moyenne des suicides a augmenté de 5 000 cas supplémentaires par an, à cause de la crise de 2008.

En dépit de cette hausse récente, le risque de suicide a globalement diminué de 1,1 % par an entre 2000 et 2011. Ce tassement est cependant loin d’être général : si les taux de suicides ont fortement baissé en Europe de l’Est et du Sud, cette baisse était plus légère en Europe de l’Ouest tandis que l’Amérique a rencontré, au contraire, une forte hausse du taux de suicide.

En revanche, aucune classe d’âge n’est à l’abri de l’effet anxiogène de la hausse du chômage : même les retraités de plus de 65 ans y sont sensibles. Les auteurs estiment que la survenue du chômage déstabilise l’ensemble des familles, y compris les seniors dont les enfants peuvent être plus directement concernés.

Plus le chômage est rare, plus il est craint

« Nos résultats montrent que le taux de suicide augmente généralement six mois avant que le taux de chômage n’augmente à son tour », explique le Dr Carlos Nordt de l’hôpital psychiatrique universitaire de Zurich et premier auteur de l’étude. Toutes les pertes d’emploi n’ont, de plus, pas le même effet. Le lien entre l’inactivité et le risque de suicide semble plus fort dans les pays où être sans emploi n’est pas une chose fréquente. « Il est possible qu’une montée inattendue du chômage dans ce genre de pays provoque des sentiments de peur et d’insécurité plus intenses que dans les pays où le taux de chômage était déjà élevé avant la crise économique », poursuit le Dr Carlos Nordt. Le psychiatre insiste en outre sur le fait que « la prévention du suicide doit être intensifiée dans les pays affectés par la crise, surtout si la population n’est pas habituée à un taux de chômage important ».

Damien Coulomb

Source : lequotidiendumedecin.fr