Agnès Buzyn nomme un délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie

Par
Elsa Bellanger -
Publié le 11/04/2019
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Crédit photo : S. Toubon

La promesse de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, lancée en janvier dernier, de nommer un délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie se concrétise. Le Pr Franck Bellivier aura ainsi la charge du déploiement de la feuille de route dévoilée en juin 2018, contestée par certains professionnels. Ce chef du département de psychiatrie et de médecine addictologique du groupe hospitalier Saint-Louis, Lariboisière et Fernand Widal à Paris est également un « chercheur reconnu dans le domaine des troubles mentaux », indique un communiqué du ministère.

Les conditions dégradées impactent la prise en charge

Officialisée hier soir lors d’un débat télévisé dans le cadre de l’émission « Pièces à Conviction » sur France 3, cette annonce a fait suite à la diffusion du documentaire « Psychiatrie : le grand naufrage » qui égrène les maux du secteur. Manque de personnel, retard de prise en charge par manque de psychiatres et de pédopsychiatres, locaux vétustes, voire insalubres, chambres d’hospitalisation suroccupées, recours excessif à la contention et à l’isolement, y sont dramatiquement illustrés, de même que l’impact de ces défaillances sur la prise en charge des patients et sur le quotidien de leurs proches. Ces conditions dégradées sont dénoncées depuis plus d’un an par les soignants, les malades et les aidants qui multiplient les mobilisations. Sont également déplorés les transferts de patients vers des établissements belges, faute de structures adaptées en France.

Visiblement émue par les témoignages diffusés, Agnès Buzyn a rappelé le diagnostic qu’elle a posé sur le secteur, qualifié de « parent pauvre de la médecine ». Entre 1976 et 2016, l’Igas a dénombré la fermeture de 60 % des lits de psychiatrie générale à l'hôpital. Alors que la demande ne cesse de croître, l’offre de ville n’a pas suivi l’augmentation des besoins. Les centres médico-psychologiques (CMP) sont saturés et affichent des délais d’attente de 3 à 6 mois dans les meilleurs cas.

Un accent mis sur la formation

La ministre a fait le constat d’une dégradation progressive à l’œuvre depuis 30 ans. Selon elle, la psychiatrie souffre avant tout d’un manque cruel de praticiens. Elle entend ainsi mettre l’accent sur la formation de psychiatres et surtout de pédopsychiatres. Autre axe de travail, le financement des établissements sera mis à plat dans l’optique de réduire les inégalités territoriales. Enfin, la ministre entend s’attaquer à la stigmatisation de la maladie mentale et aux pratiques de l’isolement et de la contention, dont le recours est parfois systématique et sert à pallier le manque de moyens humains.

Dans ce contexte, le Pr Franck Bellivier « devra impulser la dynamique de transformation et d'ouverture de la psychiatrie », précise le communiqué du ministère. Il pourra s’appuyer sur les crédits supplémentaires accordés récemment au secteur, dont les montants sont néanmoins jugés insuffisants par les professionnels de santé. Une centaine de millions d’euros doit alimenter le secteur dès 2019. Le président, Emmanuel Macron, a également annoncé le lancement « à l’automne » d’une « initiative de grande ampleur » pour la psychiatrie.


Source : lequotidiendumedecin.fr