Un déficit en vitamine D majore le risque d’infection respiratoire, notamment de pneumopathie aiguë communautaire (PAC). En outre, chez les patients ayant développé une PAC, des études ont montré qu’un déficit en vitamine D était associé à une augmentation du risque d’hospitalisation. Enfin, des données suggèrent que, lors d’hospitalisation pour PAC, des taux infra-normaux en vitamine D pourraient peser sur la sévérité, le passage en soins intensifs, la durée d’hospitalisation et même sur la mortalité à court et moyen terme. Mais on ne dispose en la matière que d’études d’observation de taille limitée, menées en outre sans ajustements, en particulier sur l’IMC, le statut tabagique et les comorbidités.
Une étude de cohorte est venue apporter des précisions (1). Dans cette étude, seul le réel déficit en vitamine D pèse indépendamment sur la mortalité. Et ce, uniquement sur la mortalité à 3 et 6 mois, les mortalités intra hospitalière et à 1 mois n’étant pas significativement impactées, cela peut-être du fait du nombre réduit d’évènements.
Une étude rétrospective de cohorte danoise
Les données utilisées sont tirées de la cohorte de Surviving Pneumonia Study de l’hôpital universitaire de Copenhage (Danemark). L’analyse porte sur les patients admis pour PAC entre 2019 et 2022. Leur taux en vitamine D sérique a systématiquement été mesuré à l’admission. Les patients ont été répartis en trois groupes suivant leur statut vitaminique D : normalité (≥ 50 nmol/l), insuffisance (25 - 50 nmol/l), déficit (<25 nmol/l).
Le critère primaire est la mortalité à 3 mois. Les mortalités intra-hospitalières, à 1 mois et à 6 mois constituent les critères secondaires. Le suivi s’étend à 180 jours après l’hospitalisation.
Le groupe vitamine D normale constitue le groupe de référence. L’analyse a été ajustée sur l’âge, le sexe, l’index de cormorbidité de Charlson, la sévérité de la pneumonie (CURB-65), les antécédents tabagiques et l’IMC.
Au total, l’analyse porte sur 514 patients de 74 [63-81] ans d’âge moyen, dont 44 % de femmes. Leur IMC moyen est de 26 kg/m². Parmi eux, un quart n’ont jamais fumé, 56 % sont d’ex-fumeurs et 16 % des fumeurs actifs. Leur index moyen de morbidité de Charlson est de 4. Un tiers ont une BPCO. La pneumopathie était sévère dans 14 % des cas. Seuls 7 % des patients ont dû passer en soins intensifs. Enfin, la durée moyenne d’hospitalisation est de 5,4 [3,4- 9] jours.
Le déficit constitue un facteur majeur de mortalité à 3 et 6 mois
Dans cette cohorte, seuls 5,6 % des sujets souffrent d’un déficit en vitamine D et un quart (25,3 %) d’une insuffisance en vitamine D.
Les patients ayant une déficience s’avèrent être en moyenne plus jeunes, avec 64 [57-72] ans d’âge moyen, versus 71 ans et 75 ans dans les deux autres groupes. Ils sont aussi plus souvent fumeurs actifs, puisqu’on est à 50 % versus 13 % à 15 % dans les deux autres groupes. Enfin, leur score de score de morbidité moyen est meilleur : il est de 3, versus 4 dans les deux autres groupes.
Après ajustements, leurs risques de décès à 3 et 6 mois sont significativement majorés, quand celui des patients présentant une simple insuffisance ne l’est pas. Comparativement aux sujets dont la vitamine D est normale, le risque de décès associé au déficit est en effet plus que triplé : RRa = 3,5 [1,01-12,21] à 3 mois et RRa = 3,27 [1,04-10,25] à 6 mois.
En revanche, l’analyse ne met pas en évidence de différences significatives pour le groupe de sujets présentant une simple insuffisance en vitamine D. Qu’en retenir en pratique clinique ? La question reste ouverte.
(1) M. Hein Hegelund et al. Vitamin D Deficiency at Hospital Admission With Community-Acquired Pneumonia is Associated With Increased Risk of Mortality : A Prospective Cohort Study. Open Forum Infectious Diseases 2025;12,ofaf706
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