Mort subite du nourrisson, une piste s'entrouvre dans une forme génétique

Par
Dr Irène Drogou -
Publié le 11/10/2019

Crédit photo : Photo d'illustration S. Toubon

Des chercheurs de l'université de Washington suggèrent une piste de traitement dans une cause génétique de mort subite du nourrisson (MSN). Dans « Nature communications », l'équipe de Hannele Ruohola-Baker décrit le lien physiopathologique entre la mutation mitochondriale HADHA et la survenue du décès.

Les causes de MSN sont multiples et souvent liées à l'environnement. Des causes génétiques sont avancées, dont la mutation de l'enzyme mitochondriale HADHA. Jusqu'à présent, seule l'association entre la mutation et la MSN était décrite sans avoir la preuve du mécanisme potentiel sous-jacent, même si un effet via l'oxydation des lipides était fortement suspecté.

Effet pro-arythmogène

Les enfants décédés porteurs de la mutation présentent en effet un phénotype commun : la MSN survient à la naissance une fois les nouveau-nés nourris au lait maternel riche en lipides. Or les anomalies de l'oxydation des acides gras sont connues pour être pro-arythmogènes.

Dans un modèle in vitro de cellules cardiaques humaines, les scientifiques montrent que l'enzyme HADHA est indispensable à l'oxydation des acides β gras et au remodelage de la cardiolipine, ces 2 étapes étant essentielles au bon fonctionnement mitochondrial des cardiomyocytes. Dans le cas contraire, le battement des cellules cardiaques devient « erratique », écrivent les auteurs, favorisant un état pro-arythmogène.

L'élamiprétide, un médicament orphelin

Dans la discussion, les chercheurs indiquent avoir identifié un potentiel traitement préventif : le SS-31, plus connu sous le nom d'élamiprétide. Cette molécule semble pouvoir restaurer le profil anormal des acides gras dans les cardiomyocytes mutés pour HADHA.

L'élamiprétide, ce petit peptide ciblé sur la mitochondrie qui semble diminuer les espèces réactives de l'oxygène et stabiliser la cardiolipine, a obtenu le statut accéléré de médicament orphelin aux États-Unis et est testé en phase 3 dans la myopathie mitochondriale au Canada.

Alors que la MSN est incurable, Hannele Ruohola-Baker se félicite que ces résultats préliminaires « vont innover des générations de nouvelles petites molécules et de protéines dédiées ». 

Dr Irène Drogou
MSN

Source : lequotidiendumedecin.fr