Journée mondiale Parkinson : « Le suivi doit être assuré pendant le confinement, par téléconsultation si possible », souligne le neurologue Philippe Damier

Par
Charlène Catalifaud -
Publié le 10/04/2020

Crédit photo : PHANIE

Alors que se tient le 11 avril la journée mondiale Parkinson*, l'association France Parkinson annonce le lancement de la plateforme Dopamine.care pour que confinement ne soit pas synonyme d'isolement pour les patients atteints de la maladie de Parkinson en contexte de Covid-19. L'occasion d'aborder la prise en charge de ces patients dans ce contexte particulier avec le Pr Philippe Damier, neurologue au CHU de Nantes et président du comité scientifique France Parkinson.

LE QUOTIDIEN : Les patients parkinsoniens présentent-ils un risque plus important d'infection par le SARS-CoV-2 par rapport à la population générale ?

PR PHILIPPE DAMIER : Nous n'avons pas connaissance à ce jour d'un risque accru. En effet, la maladie de Parkinson et ses traitements ne touchent pas l'immunité. En revanche, l'infection SARS-CoV-2 entraîne, comme toute affection intercurrente, un risque de décompensation de la maladie qui dépend de sa sévérité, de l'âge du patient et des comorbidités. 

Y a-t-il des interactions possibles entre les traitements de l'infection Covid-19 en cours d'évaluation et les traitements antiparkinsoniens ?

Il faut être vigilant avec l'hydroxychloroquine qui entraîne un allongement du QT, car c'est aussi le cas de certains traitements antiparkinsoniens tels que la dompéridone.

Comment maintenir le suivi des patients parkinsoniens malgré le confinement ?

Le suivi des patients doit être assuré. Et les patients ne doivent pas hésiter à solliciter leur médecin généraliste ou leur neurologue en cas de difficultés. Beaucoup de choses peuvent être gérées via une téléconsultation ou bien par téléphone pour les personnes moins à l'aise techniquement avec la visio. Face à un patient qui consulte pour la première fois, il est possible de poser un diagnostic si la symptomatologie est claire, même s'il demeure une part d'incertitude et que l'émotionnel passe moins qu'avec une consultation physique.

Quand les situations l'exigent, pour un réglage d'un système de neurostimulation ou en cas de décompensation de la maladie par exemple, nous faisons venir les patients à l'hôpital, en priorisant les urgences. Les situations les moins graves sont orientées en médecine de ville.

Qu'en est-il de l'accès à la rééducation qui occupe une place centrale dans la prise en charge des patients parkinsoniens ?

Une petite proportion de patients est en perte d'autonomie et requière des séances de kinésithérapie en présentielle. Dans ces cas-là uniquement, les kinésithérapeutes se déplacent à domicile ou dans les EHPAD. Mais la majorité des patients sont capables de faire les choses par eux-mêmes et n'ont plus accès à des séances de kinésithérapie. C'est pourquoi nous avons adressé un courrier au ministre de la Santé pour demander l'ouverture à la prise en charge des séances de télékinésithérapie qui permettrait de proposer aux patients un guidage personnalisé. Il est en effet essentiel que les patients parkinsoniens conservent une activité physique adaptée. 

La plateforme Dopamine.Care lancée par l'association France Parkinson propose notamment des activités à pratiquer à domicile. Pour quelles autres raisons a-t-elle été mise en place ?

L'objectif premier de Dopamine.Care est de maintenir de lien social en favorisant l'écoute et le partage, aors que les personnes atteintes de maladie de Parkinson ont spontanément tendance au repli. 

*À l'occasion de la journée Parkisnon, l'association France Parkinson organise une visio-conférence de 14h30 à 16h30 samedi 11 avril. Au programme, un point d'actualité Covid-19 et la prise en charge non médicamenteuse des troubles moteurs.

Propos recueillis par Charlène Catalifaud

Source : lequotidiendumedecin.fr