Mort subite non traumatique liée au sport : peut-on la dépister ?

Par Charlène Catalifaud
Publié le 16/07/2019
- Mis à jour le 16/07/2019

Crédit photo : AFP

La mort subite non traumatique liée au sport touche généralement des personnes jeunes, en apparente bonne santé. Elle est le plus souvent d’origine cardiovasculaire. Les cas de footballeurs décédés sur le terrain marquent les esprits. Auraient-ils pu être évités ? Une publication canadienne dans le « Canadian Medical Association Journal » s'interroge sur le dépistage de la mort subite dans le cadre de la pratique sportive intensive, à la suite des nouvelles recommandations de la Canadian Cardiovascular Society et de la Canadian Heart Rhythm Society. Ces dernières déconseillent l'utilisation systématique de l'électrocardiogramme de repos (ECG) et soulignent l'importance d'une prise de décision partagée quant à la poursuite ou non de la pratique sportive.

« À ce jour, aucune étude n'a formellement montré l'efficacité du dépistage pour réduire le risque de mort subite liée à la pratique sportive, indique au « Quotidien » le Pr François Carré, cardiologue du sport à l'hôpital Pontchaillou de Rennes, en commentaire de cette publication. Cela soulève de nombreuses questions, car nous ne savons pas s'il est aujourd’hui réellement possible de détecter les individus à risque. »

Un phénomène rare

La mort subite au cours d'un exercice est un phénomène rare (taux de survenue de 0,75/100 000 athlètes par an), qui ne doit pas faire oublier les bénéfices d'une activité sportive. Généralement, il s'agit du premier signe d'une pathologie cardiaque sous-jacente. Néanmoins, il semblerait que 29 % des athlètes présentent des signes avant-coureurs. « Encore faut-il que les sportifs les respectent et en parlent en consultation, ce qui n'est pas toujours le cas », remarque le Pr Carré.

De nombreux cas de mort subite restent inexpliqués et surviennent chez des individus pour lesquels tous les examens réalisés étaient normaux. Une récente étude britannique citée par les auteurs en atteste : parmi les huit cas de mort subite survenus entre 1996 et 2016 chez des jeunes footballeurs d'élite, six concernaient des adolescents dont les examens étaient normaux (ECG, échographie cardiaque, examen physique). « Même avec l'échographie cardiaque, il reste très difficile de prédire la mort subite », souligne le Pr Carré.

À l'inverse, il est possible que la pratique à haut niveau ait été interdite pour des sportifs présentant un risque faible qui n'aurait pas forcément débouché sur un accident.

Plus de défibrillateurs sur les lieux de pratique sportive

Pour le cardiologue, une visite de contre-indication sans ECG a peu d'intérêt sur le plan cardiovasculaire : « face à un sportif de moins de 35 ans, l'examen et l'interrogatoire permettent de détecter environ 15 à 20 % des signes cardiovasculaires qui peuvent entraîner un accident lors de la pratique sportive, alors que l'ECG en détecte 70 à 80 % ».

De nombreuses questions restent sans réponse autour de la mort subite liée au sport. Les auteurs s'interrogent : « Quelle est la cause de la mort subite inexpliquée (avec une autopsie normale) chez les athlètes ? Qu'est-ce qui déclenche une mort subite ? Si l'ECG standard n'est pas optimal comme outil de dépistage, des efforts devraient-ils être déployés pour créer des dispositifs ou des tests qui complètent les protocoles de dépistage actuellement recommandés ? »

Prévenir efficacement cette mort subite doit surtout passer par l'amélioration des protocoles de réanimation et par une plus grande mise à disposition de défibrillateurs cardiaques automatisés sur les lieux de pratique sportive, estiment les auteurs. « Il existe en effet des cas de mort subite récupérée, avec cependant un risque non négligeable de séquelles », note le Pr Carré, ajoutant que la connaissance des gestes de secours par les témoins est également un élément clé pour la survie des athlètes.


Source : lequotidiendumedecin.fr