VIH : la Cour des comptes épingle les efforts insuffisants en matière de prévention et de dépistage

Par Damien Coulomb
Publié le 15/07/2019
- Mis à jour le 15/07/2019

Crédit photo : S. Toubon

« Nous devons porter notre effort sur la prévention qui est un des défauts de notre système de santé. » En une phrase, le président de la sixième chambre de la Cour des comptes, Denis Morin, résume le principal reproche formulé à la politique française en matière de prévention et de prise en charge du VIH. « Le coût d'une bonne politique de prévention représente moins de 10 % de celui du traitement de l'épidémie qui est de l'ordre de 1,5 milliard d'euros dans notre pays », poursuit le haut fonctionnaire, qui estime qu'il faut « saturer l'espace public de moyens de dépistage gratuits, accessible sans médiation ».

À l'échelle de la population, un dépistage précoce constitue en effet le premier moyen de prévention. On estime en effet que 24 000 personnes ignorent leur séropositivité en France (sur plus de 172 000 malades). Cette « épidémie cachée » serait responsable de plus de 60 % des nouvelles contaminations. En 2017, 6 424 découvertes de séropositivité ont été recensées en France, soit un taux de découverte de 7,8/100 000 habitants supérieur à celui de l'Union européenne (3,6/100 000).

TROD, dépistage gratuit, préservatifs

Quelles mesures adopter pour améliorer le dépistage, et donc la prévention ? Selon les recommandations de la Cour des comptes reprises par la commission des Affaires sociales du Sénat, il faut élargir l'accès à toutes les modalités de dépistage : réalisation de TROD VIH dans les pharmacies, mise en place d'un portail unique Santé publique France/CNAM ou encore généralisation du dépistage gratuit sans prescription dans les laboratoires de biologie médicale. Les auteurs du rapport proposent aussi de généraliser le remboursement du préservatif masculin (c'est le cas de 2 marques pour l'instant).

D'autres mesures incitatives sont proposées, telles que la création d'un « pass santé sexuelle », donnant accès aux populations les plus vulnérables aux préservatifs gratuit et aux outils de dépistage. Cette proposition est donc une version étendue du « pass préservatif », prévu dans la stratégie santé sexuelle 2018-2020, mais pas encore appliqué.

Afin de dégager les moyens pour cette ambitieuse politique de prévention, la Cour des comptes préconise d'accélérer la réduction des prix des traitements antirétroviraux, sous l'impulsion du Comité économique des produits de santé (CEPS).

Épidémiologie perfectible

Dans son rapport, la Cour des comptes déplore également le manque d'exhaustivité des données concernant l'épidémie. Bien que les infections par le VIH soient une maladie à déclaration obligatoire depuis 2003, le taux d'exhaustivité reste médiocre : 70 % pour les laboratoires de biologie et 49 % pour les médecins. « 20 ans après la mise en place d'une déclaration obligatoire à tous les stades de la maladie, la France reste toujours dans l'attente d'un dispositif fiable de recueil » des cas, résume la Cour des comptes.