Un nouveau traitement à l’étude contre Clostridium difficile toxinogène

- Publié le 25/09/2015
- Mis à jour le 12/07/2019

Une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de médecine de Stanford - Californie, publiée dans la revue « Science Translational Medicine », annonce la découverte d’une nouvelle molécule, efficace pour traiter les infections à Clostridium difficile toxinogène. En France, cette bactérie est responsable de 20 % des diarrhées post-antibiotiques et 95 % des colites pseudo-membraneuses. C’est la première cause de diarrhée infectieuse chez l’adulte dans un contexte nosocomial. Cependant, seules les souches toxinogènes sont pathogènes.

Ebselen parmi une batterie de molécules

On sait depuis quelques années, que les C. difficile toxinogènes produisent des protéines à activité protéasique appelées toxine A et toxine B. Elles s’activent au contact des cellules de la paroi intestinale et provoquent des processus inflammatoires et lésionnels. C. difficile prospère alors dans un environnement qu’il a créé au détriment des autres bactéries résidentes, provoquant diarrhées, colites jusqu’au décès chez les personnes les plus fragiles.

L’équipe de Matthew Bogyo, professeur d’anatomopathologie, microbiologie et immunologie teste actuellement des batteries de molécules dans le but de détecter celles capables d’inhiber cette activité protéasique toxinique. Ebselen serait l’une des plus prometteuses. « L’originalité d’Ebselen, aux vertus antioxydantes, tient à sa cible : les toxines du C. difficile. En effet, en ne cherchant pas à tuer la bactérie mais à neutraliser ses toxines, nous avons montré, chez la souris, que ce traitement permet de préserver et régénérer les bactéries saines de la flore intestinale et ainsi d’éviter un processus inflammatoire et des lésions intestinales », explique Pr Bogyo. C’est la première molécule permettant de désarmer C. difficile sans provoquer les dommages collatéraux classiquement retrouvés par la prise d’antibiotiques. En présence d’Ebselen, la toxine B ne s’active pas au sein des cellules.

Bientôt des études cliniques

« Près d’une personne sur 20 posséderait C. difficile dans l’intestin. Chez un individu sain, elle ne fait aucun mal, mais chez ceux qui ont un système immunitaire affaibli par l’âge, une antibiothérapie ou une chimiothérapie qui anéantissent la flore digestive, alors C. difficile peut s’implanter et provoquer des dégâts », selon Justin Sonnenburg, coauteur qui a conduit des recherches pionnières sur le microbiome. La bactérie peut se déshydrater, se condenser, rétrécir et former des microspores qui rendent difficile son élimination. Malgré un traitement antibiotique, les patients récidivent dans près d’un quart des cas et environ 7 % des personnes infectées décèdent dans les 30 jours post-diagnostic.

Après les tests probants sur la souris, des essais cliniques pourront rapidement commencer chez l’Homme car Ebselen a déjà fait l’objet de recherches cliniques pour d’autres maladies telles que les maladies cardiovasculaires.