Agir à la phase précoce de l'infection Covid-19

Un « ligand leurre » bloque l'entrée du SARS-CoV-2 dans la cellule

Par
Damien Coulomb -
Publié le 17/04/2020

Bloquer le SARS-CoV-2 avant qu'il ne pénètre dans la cellule, tel est le pari que tente de relever une nouvelle molécule : l'APN01, une copie de l'enzyme de conversion de l'angiotensine chargé de « leurrer » la protéine Spike à la surface du virus. Un essai sur 200 patients est sur le point de démarrer.

Un lien avec le risque de défaillance pulmonaire

Un lien avec le risque de défaillance pulmonaire
Crédit photo : Phanie

Dans un article récent publié dans la revue « Cell », une équipe internationale menée par le Dr Josef Penninger (directeur de l’Institut des sciences de la vie, à l’université de Colombie-Britannique) décrit les premiers résultats de la molécule APN01, capable de bloquer le virus. « Ce travail est issu d'une incroyable collaboration entre les chercheurs académiques et les laboratoires privés », se réjouit le Dr Penninger.

La cible est la liaison entre l'enzyme de conversion de l'angiotensine 2 (ACE2) et la protéine virale Spike. Une interaction décidément clé dans les stratégies de lutte contre le SARS-CoV-2 (voir encadré). Au cours de travaux précédents, l'équipe du Dr Penninger avait montré qu'il y avait un lien entre le SARS-CoV-2 et cette protéine, le risque de maladie cardiovasculaire et de défaillance pulmonaire.

L'APN01 est une version soluble et recombinée de l'enzyme de conversion de l'angiotensine ou hrsACE2, produite en culture cellulaire. Nous pensons nous en servir pour leurrer la protéine Spike et capter les virus présents dans l'organisme avant qu'ils ne se lient avec les cellules du patient.

Des résultats prometteurs sur des organoïdes

Lors d'expérimentations in vitro, la charge virale du SARS-CoV-2 était réduite d'un facteur 1 000 à 5 000 par sa présence dans le milieu de culture. Les chercheurs ont ensuite utilisé des organoïdes, ici des modèles réduits de vaisseaux et de tissus de rein obtenus à partir de cellules souches humaines. Ces modèles ont montré que le virus était capable d'infecter et de se répliquer au sein de ces tissus. « Cette observation fournit des données importantes quant au développement de la pathologie et à la manière dont se développent les formes graves », déduisent les auteurs. Selon les premières observations issues de ces modèles expérimentaux, l'utilisation du hrsACE2 serait en mesure de réduire les lésions causées par l'infection dans ces tissus.

À la suite de ces données, préliminaires mais prometteuses, la société autrichienne Apeiron Biologics, a lancé une série de procédures réglementaires pour commencer une première évaluation clinique. Cette entreprise spécialisée dans l'immunothérapie des cancers détient en effet la propriété intellectuelle de l'APN01, initialement conçue pour traiter les lésions pulmonaires aiguës, le syndrome de détresse respiratoire aiguë et l'hypertension pulmonaire. Son intérêt dans le traitement du Covid-19 est renforcé par le fait que cette molécule a par ailleurs un effet anti-inflammatoire dans les organes les plus sévèrement touchés par l'infection.

Dans un communiqué, l'entreprise précise qu'elle a déjà obtenu l'autorisation de procéder à une étude de phase 2 sur 200 patients infectés par le Covid-19 en Autriche, en Allemagne et au Danemark. Des études de phase 1, dans d'autres indications, ont démontré que l'APN01 était bien toléré. Ici, les patients recrutés seront tous atteints d'une forme grave de Covid-19.

V Monteil et al., Cell, DOI: 10.1016/j.cell.2020.04.004, 2020

Damien Coulomb

Source : Le Quotidien du médecin