Les hôpitaux de 24 pays touchés par une bactérie commensale multirésistante

Par
Damien Coulomb -
Publié le 04/09/2018
Staphylococcus epidermidis

Staphylococcus epidermidis
Crédit photo : PHANIE

Une bactérie commensale multirésistante se répand dans les hôpitaux du monde, nous alerte une équipe de scientifiques australiens dans un article publié dans la revue « Nature Microbiology ».

La bactérie Staphylococcus epidermidis est naturellement présente sur une peau en bonne santé. Dans leur étude, les scientifiques montrent que cette bactérie « a évolué pour devenir un formidable pathogène responsable d'infections nosocomiales » suggèrent les auteurs menés par les Pr Benjamin Howden et Timothy Stinear, du département de microbiologie et d'immunologie de l'institut d'infection et d'immunité de l'université de Melbourne. Dans leur papier, ils révèlent que 3 lignées multirésistantes ont émergé au cours des dernières décennies et se sont répandues dans près d'une centaine d'hôpitaux de 24 pays, y compris en Europe.

Une mutation, deux résistances

« Nous avons commencé par des échantillons en Australie, puis avec d'autres prélèvements, nous avons obtenu un aperçu global et constaté que la bactérie est présente dans de nombreux pays et de nombreuses institutions à travers le monde », a dit à l'AFP le Pr Howden. Ces lignées sont devenues résistantes à la rifampicine, via l'acquisition de mutations du gène rpoB. Une analyse d'isolats provenant de 96 hôpitaux montre que les 2 mutations D471E et I527M sont les plus communes (86,6 % des mutations).

Ces mutations ne se contentent pas de procurer une résistance à la rifampicine. Elles réduisent aussi la susceptibilité de la bactérie aux antibiotiques de dernière ligne de la classe des glycopeptides : vancomycine et teicoplanine. Cette dernière découverte surprend les auteurs qui rappellent que ces deux antibiotiques « n’étant pas liés, on ne s'attend pas à ce qu'une mutation cause l'échec des deux à la fois ».

« Il est possible que les pratiques hospitalières, telles que l'utilisation des antibiotiques en monothérapie a conduit à cette évolution », estiment les auteurs. La bactérie « peut être mortelle, mais c'est généralement chez des patients qui sont déjà très malades à l'hôpital… Cela peut être assez difficile à éradiquer et les infections peuvent être graves », ajoute le Pr Howden.


Source : lequotidiendumedecin.fr