L'EMA incite à ne pas interrompre les traitements

IEC et ARA2 : aucune preuve clinique de leur potentiel rôle dans le risque d'infection à SARS-CoV-2

Par
Charlène Catalifaud -
Publié le 03/04/2020

Malgré la polémique, aucune donnée n'a à ce jour montré un rôle délétère des inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et des antagonistes des récepteurs de l'angiotensine 2 (ARA2) en contexte de Covid-19.

Continuer son traitement même lors de l'épidémie

Continuer son traitement même lors de l'épidémie
Crédit photo : Phanie

Après l'European Society of Cardiology (ESC), l'Agence européenne du médicament (EMA) appelle à ne pas interrompre les traitements hypertenseurs de type inhibiteurs du système rénine-angiotensine-aldostérone : « les spéculations selon lesquelles les inhibiteurs de l'enzyme de conversion de l'angiotensine (IEC) ou les antagonistes des récepteurs de l'angiotensine 2 (ARA2) pourraient aggraver les infections dans le contexte de Covid-19 ne sont pas étayées par des preuves cliniques ». Tout comme il n'existe aucune preuve que ces médicaments pourraient favoriser l'infection.

Plusieurs médecins se sont exprimés dans des revues scientifiques et s'inquiètent de l'interruption des traitements. « L'arrêt brutal des inhibiteurs du système rénine-angiotensine-aldostérone chez les patients à haut risque, y compris ceux qui souffrent d'insuffisance cardiaque ou qui ont eu un infarctus du myocarde, peut entraîner une instabilité clinique et des effets néfastes sur la santé », évoquent notamment des auteurs américains dans le « New England Journal of Medicine » (1).

HTA, un risque de mortalité accru

Les IEC et les ARA2 sont couramment utilisés dans le traitement de l'hypertension, de l'insuffisance cardiaque et des maladies rénales. Les données disponibles montrent que les personnes souffrant d'hypertension artérielle (HTA) ont un risque accru d'être infectées par le SARS-CoV-2, de développer une forme sévère de la maladie et d'en mourir.

Pour pénétrer dans l'organisme, le SARS-CoV-2 utilise le récepteur de l'enzyme de conversion de l'angiotensine ACE2 de l'hôte, avec une affinité qui serait 10 à 20 fois supérieure à celle observée avec le SARS-CoV. Dès lors, les inhibiteurs du système rénine-angiotensine-aldostérone pourraient-ils contribuer à augmenter le risque d'infection et à aggraver la maladie chez les patients qui en prennent ?

Ces médicaments pourraient jouer des rôles contraires. « Des études sur animaux suggèrent qu'ils pourraient être protecteurs contre les complications pulmonaires graves chez les patients Covid-19, mais à ce jour, il n'y a pas de données chez l'homme », rapporte l'ESC. Les auteurs américains notent également : « malgré une homologie structurale substantielle entre ACE et ACE2, leurs sites actifs enzymatiques sont distincts. Par conséquent, les IEC en usage clinique n'affectent pas directement l'activité de l'ACE2 ».

Augmentation de l'expression de l'ACE2

Certaines études précliniques font en revanche craindre que les IEC et les ARA2 puissent augmenter l'expression de l'ACE2 et ainsi faciliter l'entrée du virus et augmenter son activité.

« Ces données apparemment contradictoires témoignent de la complexité des réponses du système rénine-angiotensine-aldostérone aux modulateurs et renforcent le concept selon lequel les résultats des modèles précliniques peuvent ne pas se traduire facilement en physiologie humaine », soulignent les médecins américains.

« Des recherches scientifiques sont en cours pour déterminer si un traitement en cours avec des médicaments pourrait avoir un impact sur le pronostic des patients Covid-19 », souligne l'EMA, qui collabore avec les parties prenantes pour coordonner les études épidémiologiques sur les effets des IEC et des ARA2 chez les personnes atteintes de Covid-19.

M. Vaduganathan, et al., NEJM, DOI: 10.1056/NEJMsr2005760, 2020.

Charlène Catalifaud

Source : Le Quotidien du médecin