Covid-19 : le CHU d’Angers lance une étude d’envergure nationale sur l'hydroxychloroquine

Par
Stéphany Mocquery -
Publié le 31/03/2020

Crédit photo : AFP

Mardi 31 mars, le CHU d’Angers a annoncé la mise en place d’une vaste étude, Hycovid, destinée à évaluer l’efficacité de l’hydroxychloroquine chez des patients atteints d’une forme non grave d’infection à Covid-19 mais à risque élevé d’évolution défavorable.

« Dans le contexte particulier que nous vivons, les résultats des essais cliniques sur l’hydroxychloroquine menés par l’équipe du Pr Raoult ont généré beaucoup d’espoirs mais ils ont également soulevé des interrogations légitimes quant à leur pertinence clinique et à l’innocuité de l’hydroxychloroquine », indique, en préambule, le Pr Vincent Dubée, investigateur principal de l’étude, lors d’une conférence de presse.

« L’étude Hycovid, qui correspond aux standards scientifiques, méthodologiques les plus élevés, devrait permettre de répondre de manière définitive à ces questions et de clore, une fois pour toutes, le débat sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine », ajoute le praticien hospitalier.

Randomisée, en double aveugle versus placebo

Mené dans 33 centres répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain, cet essai clinique randomisé, contrôlé en double aveugle prévoit d’inclure 1 300 patients au total, des malades âgés de plus de 75 ans ainsi que des patients de tous âges à risque d’évolution secondaire grave de la maladie.

Il doit démarrer le 1er avril et prévoit d’intégrer aussi bien des malades en ambulatoire qu’hospitalisés dans un des centres participant ou des résidents d’EHPAD. La moitié des patients recevra de l’hydroxychloroquine, l’autre moitié un placebo. Le critère de jugement principal, l’efficacité du traitement par hydroxychloroquine, sera évalué de façon binaire : diminution significative du nombre de patients décédés ou du nombre de patients nécessitant d’être placés sous respirateur artificiel.

« D’après les données de la littérature, on s’attend à une fréquence de décès ou de passage en réanimation avec intubation autour de 20 % chez ces patients en l’absence de traitement par hydroxychloroquine », indique le Pr Dubée. « Avec Hycovid, on peut raisonnablement espérer qu’un pourcentage de passage en réanimation ou de décès abaissé à 14 % fournira une preuve de l’efficacité de cette molécule », ajoute-t-il. Les effets secondaires seront, eux, sous étroite surveillance : « Si l’on constate un nombre élevé d’évènements indésirables graves, notamment cardiaques, on pourra arrêter l’étude », indique le Pr Dubée. Et ce d’autant plus que l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient de publier une alerte sur l’existence de potentiels cas d’effets indésirables graves chez des patients exposés à des traitements contre le Covid-19, notamment l’hydroxychloroquine.

Incertitude relative sur les délais

La durée de l’étude reste, en revanche incertaine, même si tout est mis en œuvre pour que les premiers résultats puissent arriver dans les prochaines semaines. « Cela dépendra de l’évolution de l’épidémie, de la capacité des centres à inclure les patients dans l’étude dans un contexte extrêmement tendu », souligne le Pr Dubée. Pour autant, ajoute le Pr Alain Mercat, président de la Commission médicale d’établissement du CHU d’Angers, « la méthodologie utilisée devrait nous permettre, en présence d’une preuve statistique forte de l’efficacité du traitement par hydroxychloroquine, de publier rapidement nos résultats pour en faire profiter l’ensemble de la communauté nationale et internationale ».

Et le spécialiste d’ajouter : « Si l’effet est très important, la réponse sera probablement très rapide car le nombre de vies sauvées ou de patients non intubés sera rapidement visible ; mais si l’effet est moins puissant, cela prendra un peu plus de temps ». En revanche, « si avec 1 300 malades, on n’a pas été capable de montrer une différence d’efficacité entre l’hydroxychloroquine et le placebo, c’est soit que cette différence est a priori très faible, soit qu’elle n’est probablement pas cliniquement pertinente », conclut-il.

 

 

D’après une conférence de presse du CHU d’Angers le 31 mars 2020


Source : lequotidiendumedecin.fr