Une équipe australienne veut lancer un grand essai multicentrique

Covid-19, l'association d'un antipaludique et d'un anti-VIH pourrait-elle être efficace ?

Par
Dr Véronique Nguyen -
Publié le 20/03/2020

La chloroquine et le lopinavir/ritonavir (Kaletra) pourraient-ils être efficaces pour traiter la maladie sévère à Covid-19 ? Des chercheurs australiens sont très optimistes au vu des résultats en Chine et de leurs propres observations. Ils veulent lancer un grand essai national pour confirmer l’efficacité des deux thérapies.

Des médicaments recommandés par les experts en Chine et en Corée du Sud

Des médicaments recommandés par les experts en Chine et en Corée du Sud
Crédit photo : Phanie

Alors que la pandémie de maladie à coronavirus 19 (Covid-19) progresse, les pays s’efforcent maintenant de limiter la propagation du coronavirus SARS-CoV-2 par des mesures de confinement.

S'il n’existe encore aucun traitement spécifique d'efficacité prouvée, de nombreux traitements sont évalués dans des essais cliniques menés en Chine, en Corée du Sud, en Europe et aux États-Unis. Parmi les plus prometteurs, deux médicaments existants et repositionnés - la chloroquine (ou hydroxychloroquine) et le lopinavir/ritonavir - sont maintenant recommandés par les experts en Chine et en Corée du Sud pour traiter la maladie Covid-19 sévère.

La chloroquine testée en France

La chloroquine, antipaludique connu de longue date, a montré « une efficacité apparente et une innocuité acceptable contre la pneumonie associée au Covid-19 dans des essais multicentriques menés en Chine (plus de 100 patients) », révélait une équipe chinoise le 19 février (1).

« L’hydroxychloroquine a été utilisée à des doses élevées (jusqu’à 600 mg/j) pour traiter des maladies auto-immunes… Son utilisation possible, à la fois en prophylaxie chez les personnes exposées au nouveau coronavirus et en tant que traitement curatif, sera probablement rapidement évaluée par nos collègues chinois », déclarait le 11 février l’équipe du Pr Didier Raoult, directeur de l’Institut hospitalo-universitaire- Méditerranée à Marseille (2). Le Pr Raoult a annoncé ce lundi 16 mars les premiers résultats positifs du traitement par hydroxychloroquine du Covid-19 chez les patients traités à l’IHU-Méditerranée (3).

Par ailleurs, un essai de chloroquine pour la prévention du Covid-19 chez les professionnels de la santé (ou individus à risque élevé) débutera en mai à l’université d’Oxford (Royaume-Uni).

Le lopinavir/ritonavir (Kaletra, AbbVie) est utilisé depuis 2006 pour combattre l'infection VIH/SIDA. Des chercheurs chinois ont suggéré que cet antiviral était efficace pour traiter la maladie Covid-19, cependant la compagnie biopharmaceutique américaine AbbVie n’a pas eu accès aux résultats cliniques.

Une monothérapie préférée jusque-là

Les directives contre le Covid-19 en Corée du Sud recommandent depuis février un traitement antiviral par hydroxychloroquine ou lopinavir/ritonavir (Kaletra) pendant sept à dix jours, à débuter le plus tôt possible, chez les patients à risque (âgés ou ayant des maladies sous-jacentes) avec des symptômes sévères. La monothérapie est préférée en raison de l'absence de données sur la supériorité de la combinaison et en raison du risque d’arythmies graves et d’interactions médicamenteuses. L'association, qui doit être administrée avec prudence, est réservée à des cas très limités, selon ces directives (4). 

« Des patients ont déjà été traités avec ces deux médicaments (chloroquine ou lopinavir/ritonavir) en Australie et il y a eu des résultats positifs mais cela n'a pas été évalué de manière contrôlée ou comparative », a déclaré le Pr David Paterson (University of Queensland) au journal australien « news.com.au ». En fait, à l’origine, ce sont des patients d’origine chinoise qui ont informé leurs médecins australiens sur ces traitements utilisés en Chine.

L’équipe du Pr Paterson veut maintenant lancer un grand essai clinique à travers l'Australie (50 hôpitaux) afin de comparer l’efficacité de chaque monothérapie et de la combinaison des deux médicaments. Les patients seront invités à participer « dès leur admission » à l'hôpital de façon à débuter le traitement « très tôt dans le cours de leur maladie », explique-t-il. La Fondation RBWH (Royal Brisbane & Women's Hospital) a lancé un Fonds d'action coronavirus pour recueillir des dons pouvant financer ces essais que le Pr Paterson espère débuter dès fin mars.

(1) J. Gao et al., BioScience Trends, 10.5582/bst.2020.01047, 2020
(2) P. Colson et al, International Journal of Antimicrobial Agents, 2020
(3) video: https://www.mediterranee-infection.com/coronavirus-diagnostiquons-et-tr…
(4) http://www.koreabiomed.com/news/articleView.html?idxno=7428

Dr Véronique Nguyen

Source : Le Quotidien du médecin