Covid-19 : des symptômes atypiques chez les sujets âgés, des mesures de prévention à mettre en place dans les EHPAD

Par
Guillaume Mollaret -
Publié le 23/03/2020

Crédit photo : PHANIE

La Direction générale de la santé (DGS) alerte sur le fait que « des formes avec symptomatologie digestive, état confusionnel, initialement non fébriles, sont souvent au premier plan chez les personnes âgées ».

Le Conseil national professionnel de gériatrie et la Société française de gériatrie et de gérontologie ont confirmé la symptomatologie atypique du Covid-19 chez les sujets âgés, indépendamment des signes respiratoires plus classiques, indépendamment des signes respiratoires plus classiques, est-il précisé. Ce tableau atypique comprend « des signes digestifs (diarrhée), un état confusionnel ou des chutes, une fébricule avec variations de température entre hyper et hypothermie ».

Le Pr Hubert Blain, chef du pôle gériatrie du CHU de Montpellier, confie un retour d’expérience sur un EHPAD héraultais dont cinq résidents sont décédés. « Les observations faites dans cet établissement, par la médecin coordonnateure, nous permettent d’affirmer que diarrhée, perte d’équilibre, modification du comportement et lymphopénie sont potentiellement des signes avant-coureurs de l’infection respiratoire du Covid-19 chez la personne âgée fragile », explique le Pr Hubert Blain.

Des symptômes respiratoires postérieurs aux troubles digestifs

Dans les faits, c’est donc pour des troubles digestifs et non pour des problèmes respiratoires que le premier résident – aujourd’hui décédé – a été adressé au CHU de Montpellier. Dans son cas, les symptômes respiratoires et le diagnostic positif Covid-19 ne sont apparus respectivement que trois et quatre jours après son entrée à l’hôpital.

Ainsi, sur plus de 40 patients infectés dans cet EHPAD, près d'une dizaine ont commencé leur « maladie par de la diarrhée avant de développer des symptômes respiratoires typiques du Covid-19, tels que de la fièvre ou de la toux », poursuit le Pr Blain. Les autres patients, dont le deuxième décédé dans le département, ont été hospitalisés suite à des chutes, une modification de comportement ou bien une baisse de lymphocytes sur la numération formules sanguines. « Ces événements ayant été observés avant le développement des signes respiratoires et fiévreux, le diagnostic Covid-19 en a été retardé et explique en partie le développement de l’épidémie dans l’établissement », signe le chef de pôle.

Une présentation clinique fluctuante

Face à ces cas, la médecin de l’EHPAD, généraliste de formation, a dû affronter une difficulté supplémentaire. Elle a en effet relevé le caractère changeant des symptômes observés chez ces patients passant parfois d’un fort niveau de fièvre à l’hypothermie. Ainsi, les patients se sentaient parfois mieux... avant de replonger.

Depuis cette observation, la médecin a organisé avec ses équipes un confinement temporaire et des mesures barrière vis-à-vis des résidents présentant l’un de ces signes avant-coureurs dans le but de limiter le risque de contamination aux résidents indemnes et aux soignants.

Une stratégie de prévention

« Dans presque tous les cas, chez les derniers patients mis en confinement préventif en raison de ces symptômes, les troubles respiratoires ou la fièvre apparaissent dans les 4 à 5 jours, explique le Pr Blain. Dans l’intervalle, la méthode opérée par l’équipe soignante de cette résidence a permis de ralentir considérablement la progression du nombre de cas en anticipant les mesures de protection. Malgré un impact sévère du Covid-19, un tiers des résidents restent indemnes malgré tout. »

Pour le gériatre, la chose est donc entendue, une stratégie peut permettre de prévenir ou de limiter l’épidémie dans les EHPAD : « Il faut suspecter une forme débutante de Covid-19 et prendre les précautions de contact et gouttelettes avec ces patients ayant ces symptômes avant-coureurs, ceci pendant une petite semaine et lever le confinement pour les résidents ne développant de symptômes respiratoires à 7 jours. En cas d’apparition de symptômes respiratoires dans ce laps de temps, un dépistage de la présence du virus doit être immédiatement organisé afin de confirmer ou non l’infection. » 

 

Guillaume Mollaret, correspondant à Nîmes (Gard)

Source : lequotidiendumedecin.fr