La kisspeptine, le chaînon manquant entre hyperprolactinémie et ovulation

Publié le 18/10/2012
- Mis à jour le 18/10/2012

L’allaitement est bien entendu l’état d’hyperprolactinémie le plus fréquent. Mais à côté de cet état physiologique, certaines femmes ayant une hyperprolactinémie, le plus souvent en raison d’un prolactinome, souffrent d’infertilité par anovulation. Des chercheurs de l’Inserm unité 693 dirigés par Nadine Binart et Jacques Young ouvrent une nouvelle piste thérapeutique dans ce type d’infertilité. L’équipe a montré chez la souris que l’injection d’une hormone, la kisspeptine, est capable de restaurer la pulsatilité de sécrétion de GnRH, et ainsi les cycles et l’ovulation, dans les situations d’hyperprolactinémie.

«La chose nouvelle avec cette étude, c’est l’identification de la kisspeptine comme étant le chaînon manquant entre la prolactine et la sécérétion deGnRH», commente Nadine Binart, principal auteur de l’étude. En effet, en l’absence de récepteurs à prolactine au niveau des neurones à GnRH, il semblait peu probable que la prolactine exerce un effet direct sur la sécrétion de GnRH. En revanche, des travaux antérieurs avaient montré qu’il existait des récepteurs à la kisspeptine au niveau des noyaux à GnRH. Les chercheurs ont ainsi naturellement émis l’hypothèse que l’effet de la prolactine pourrait s’exercer via la kisspeptine.

En effet, l’administration de kisspeptine à un modèle de souris a permis de restaurer la sécrétion pulsatile de GnRH et la cyclicité ovarienne. L’hyperprolactinémie inhibe directement la sécrétion de cette hormone joliment nommée et l’injection par voie générale permet de rétablir la libération de GnRH et le fonctionnement cyclique ovarien. Avant de proposer la kisspeptine en thérapeutique, reste à vérifier le concept chez la femme car «la cyclicité et la fertilité ne sont pas totalement superposables chez la souris et chez la femme». Un essai est d’ores et déjà en cours chez des femmes ayant de petits prolactinomes vierges de tout traitement ou résistantes aux agonistes dopaminergiques.

Journal of Clinical Investigation, septembre 2012.

Dr IRÈNE DROGOU

Source : lequotidiendumedecin.fr