Excision : une nouvelle unité ouvre aux Diaconesses Croix Saint-Simon (Paris)

Par Coline Garré
Publié le 15/07/2019
- Mis à jour le 15/07/2019

Crédit photo : DR

Arrivé fin janvier dans le groupe hospitalier Diaconesses Croix Saint-Simon, le Dr Cyril Raiffort, gynécologue-obstétricien, spécialisé dans la chirurgie de l'incontinence et du prolapsus, a ouvert une unité dédiée à la prise en charge des femmes excisées – cause qui vient de faire l'objet d'un plan gouvernemental. Une quinzaine de femmes y sont suivies. 

LE QUOTIDIEN : Pourquoi avez-vous souhaité ouvrir cette unité ?

Dr RAIFFORT : Les structures dédiées aux femmes mutilées sont assez rares en Ile-de-France, alors qu'on considère que 40 000 à 60 000 femmes excisées vivent en France. J'avais déjà monté en 2010 une unité à l'hôpital Louis-Mourier (AP-HP) de Colombes, qui continue. En arrivant dans le groupe Diaconesses Croix Saint-Simon, j'ai souhaité rouvrir un lieu de prise en charge pluridisciplinaire pour ces femmes. Cela est d'autant plus pertinent que la maternité des Diaconesses suit des femmes migrantes issues du centre d'hébergement d'urgence d'Ivry

Qui sont vos patientes ?

Nous suivons une quinzaine de patientes. Elles peuvent être adressées par le Groupe pour l'abolition des mutilations sexuelles (GAMS), un réseau de médecins et de sages-femmes, ou réorientées vers nous après un accouchement à la maternité des Diaconesses. 

Leur profil est très variable, selon leur pays d'origine (Mali, Égypte, Éthiopie, Côte d'Ivoire, etc.), leur passé et leur vécu en France, le lieu et le temps de l'excision. On voit des femmes de tous âges, avant le début de la sexualité ou après avoir donné naissance voire élevé plusieurs enfants. On reçoit parfois les sœurs des patientes, et plus rarement, les jeunes filles quand les mères sont inquiètes à l'idée d'un voyage dans le pays d'origine. 

Souvent, les patientes ont l'impression qu'on leur a volé quelque chose : elles se plaignent d'une absence de plaisir ou de douleurs pendant la relation sexuelle. Pire, de l'impossibilité à débuter toute vie sexuelle. Elles viennent espérer une certaine réparation de leur identité.

Quelle prise en charge proposez-vous ?

Notre unité fonctionne avec des sages-femmes, un psychologue, un sexologue, un chirurgien et un anesthésiste, et toutes les prises en charge sont discutées en staff bi-mensuel. La pluridisciplinarité est essentielle pour répondre aux attentes et besoins de chacun de ces femmes. Désormais, la chirurgie n'est plus considérée comme la clef de toute réparation ; elle représente moins de 50 % des prises en charge. 

Des patientes ont besoin de travailler sur des images et un vécu traumatiques. Nous leur proposons alors une prise en charge psychologique. 

Seules les patientes qui éprouvent le besoin d'une reconstruction anatomique pour retrouver une identité rencontrent le chirurgien, ainsi que le sexologue et la psychologue, pour définir leurs attentes. 

En quoi consiste la chirurgie ?

L'Organisation mondiale de la santé classe les mutilations en trois catégories, selon qu'elles concernent les petites lèvres, le clitoris, ou le capuchon clitoridien. Mais il faut s'adapter aux situations asymétriques ou aux cicatrisations mal faites. La méthode, définie par le Dr Pierre Foldès, consiste à libérer le moignon clitoridien pris dans la cicatrice et dans la fibrose, et à en faire une sorte de lambeau d'avancement. Le clitoris retrouve alors une position anatomique normale. 

La chirurgie (relativement simple, d'une demi-heure) se fait en ambulatoire, sur une journée. Puis je revois les patientes 48 heures après pour évaluer la douleur et s'assurer qu'elles font bien leurs soins, puis à 15 jours, et à six semaines, quand la cicatrisation est quasi-définitive. L'intervention est prise en charge par la sécurité sociale, et le groupement hospitalier étant à but non lucratif, il n'y a pas de dépassement d'honoraires. 


Source : lequotidiendumedecin.fr