Pas assez préparés aux attentats, les chirurgiens réclament une formation spécifique en traumatologie

Par Martin Dumas Primbault
Publié le 13/05/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
attentats

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Crédit photo : AFP

Une majorité de chirurgiens se déclarent insuffisamment préparés aux situations d'attentat. C'est ce que conclut une étude de l'Association française de chirurgie (AFC), société savante qui regroupe la chirurgie digestive, la chirurgie de la paroi abdominale, et la chirurgie des glandes endocrines. À la lumière des réponses de 317 chirurgiens adhérents*, cette enquête montre que seuls 38 % des praticiens se déclarent bien préparés à gérer des patients en contexte d'attentat (60 % pensant le contraire). 

Ses auteurs pointent le manque de formation en traumatologie des jeunes chirurgiens. 45 % des praticiens interrogés affirment n'avoir suivi aucune formation complémentaire dans ce domaine.

La filiarisation des DES de chirurgie, dans le cadre de la réforme du troisième cycle, inquiète également car le caractère transversal de certaines pratiques risque de se perdre. « Cette réforme se traduit pour nous par la disparition de la chirurgie générale, explique le Pr Paul Balandraud, chirurgien à l'hôpital militaire de Toulon, co-auteur de l'étude. La spécialisation précoce conduit les chirurgiens digestifs à n'être plus que des chirurgiens digestifs. »

Point positif : le praticien se satisfait de la création pour la rentrée 2020 d'une formation spécialisée transversale (FST) intitulée « chirurgie en situation de guerre ou de catastrophe ». Mais il appelle tout de même à la création d'une « formation qualifiante en chirurgie traumatologique » et à des formations complémentaires dans ce domaine.

L'impréparation des chirurgiens relève aussi de questions organisationnelles. Plus d'un praticien sur cinq affirme méconnaître les protocoles d'organisation de type « plan blanc ». Ce plan, spécifique à l'hôpital, réservé à « un événement exceptionnel à conséquences sanitaires graves, dépassant les capacités immédiates de réponses adaptées », doit normalement faire l'objet de simulations pour y préparer les professionnels de santé impliqués. « La méconnaissance des exercices plan blanc réalisés au sein des établissements doit nous interpeller », peut-on lire dans le rapport.

« Trauma system » français

Ses auteurs préconisent d'associer plus amplement les services de chirurgie à l'élaboration des simulations et d'y développer des exercices sous forme de jeux de rôles (serious games) favorisant une participation active des chirurgiens jusqu'alors peu sollicités. Quelque 90 % des répondants affirment qu’ils participeraient à de tels exercices s’ils leur étaient proposés et 39 % d'entre eux accepteraient de le faire plusieurs fois par an.

Le Pr Balandraud suggère aussi d'intégrer systématiquement un chirurgien dans le triage des patients admis aux urgences afin de fluidifier leur parcours et l'organisation interne à l'établissement.

Ces évolutions doivent participer à l'organisation adaptée d'un « trauma system » français. « Bientôt, explique-t-il, chaque établissement de soin sera gradé en fonction de sa capacité à prendre en charge les traumas. » 

* Questionnaire envoyé par courriel fin novembre 2018 (2 000 courriels envoyés, 317 réponses au 10 janvier 2019). 


Source : lequotidiendumedecin.fr