Des tétraplégiques retrouvent l’usage de leurs bras grâce aux transferts de nerfs

Par
Nordine El Bartali -
Publié le 08/07/2019
tetraplegique

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Crédit photo : The Lancet

La technique chirurgicale du transfert nerveux peut conduire à une amélioration fonctionnelle significative du membre supérieur, et peut par ailleurs être combiné avec succès à la technique chirurgicale du transfert tendineux. C’est ce que révèlent les conclusions d’une étude australienne publiée ce jeudi 4 juillet 2019 dans la revue « The Lancet ». L’objectif était d’évaluer les résultats cliniques et fonctionnels de cette technique chirurgicale dans la restauration du membre supérieur chez des patients tétraplégiques.

Près de 60 transferts de nerfs réalisés

« Chaque année, 250 000 à 500 000 personnes dans le monde se blessent au niveau de la moelle épinière, avec plus de 50 % de tétraplégie », alertent les auteurs dans leur publication. Dans cette série prospective, ont été recrutées entre 2014 et 2018, 16 personnes ayant subi moins de 18 mois auparavant l’inclusion une lésion de la moelle épinière à l'origine de la paralysie. L’opération chirurgicale consistait au prélèvement des nerfs associés à des muscles fonctionnels situés au-dessus de la blessure, et à les lier aux nerfs de muscles paralysés au-dessous de la blessure, pour restaurer l’extension du coude, la prise, le pincement et l’ouverture des mains.

Au total, 59 transferts de nerfs ont été effectués. Chez dix participants, les transferts nerveux ont été combinés à des transferts tendineux. Les participants ont été évalués 12 mois et 24 mois après l’opération. Ainsi, deux ans après la chirurgie, et après une thérapie physique intensive, treize participants étaient déjà capables de tendre leurs bras et d’ouvrir leurs mains pour saisir et manipuler des objets. « Ces résultats suggèrent que les transferts de nerfs peuvent aboutir aux mêmes améliorations fonctionnelles que les transferts de tendons traditionnels, avec des incisions moins grandes et des périodes d’immobilisation post-chirurgicales plus courtes », indiquent les chercheurs.

« Une option intéressante »

Parallèlement à ces deux avantages, « la technique chirurgicale du transfert nerveux permet de réanimer plusieurs muscles à la fois, contrairement à la chirurgie classique, c'est-à-dire les transferts tendineux qui nécessitent usuellement un tendon pour réanimer un seul et unique muscle », explique le Dr Jacques Teissier, chirurgien orthopédiste et spécialiste de la chirurgie du membre supérieur à Montpellier. 

Néanmoins, cette opération chirurgicale possède des limites. Ainsi, sur les 54 transferts nerveux, quatre réalisés sur trois patients ont échoué. Pour de meilleurs résultats, les transferts nerveux doivent idéalement être réalisés dans les 6 à 12 mois suivant la lésion. D'autres études sont nécessaires afin de mieux sélectionner les candidats pour lesquels cette technique chirurgicale est la mieux à même de réussir en vue de minimiser l’incidence des échecs. 

Bien que l’échantillon soit de petite taille, les auteurs affirment que les transferts nerveux constituent une avancée majeure dans la restauration des mains et des bras chez les patients atteints de paralysie complète. « Nous pensons que cette technique chirurgicale représente une nouvelle option intéressante, offrant aux personnes atteintes de paralysie la possibilité de retrouver force et performance pour effectuer des tâches quotidiennes, ainsi qu’une plus grande indépendance et une meilleure insertion familiale et professionnelle », a déclaré le Dr Natasha van Zyl, co-auteure de l’étude. Un avis que partage le Dr Teissier : « C'est une alternative thérapeutique supplémentaire à ce qu'on fait actuellement. » 

 

Nordine El Bartali

Source : lequotidiendumedecin.fr