Des médecins suspectent un cancer, ils découvrent une compresse oubliée depuis 27 ans dans le poumon d’un patient

Par
Stéphane Long -
Publié le 15/12/2018

C’est un cas clinique très rare auquel des médecins de Toulouse ont été confrontés. En 2016, ils opèrent un patient présentant une hémoptysie récidivante, et risquant une hémorragie cataclysmique ou une asphyxie. Lors de l’intervention, ils découvrent un textilome intra-pulmonaire. Cette compresse avait été oubliée lors de la pose d'un pace maker en 1989, il y a 27 ans !

« On ne s’attendait pas à tomber là-dessus, se souvient le Dr Marion Dupuis, chef de clinique dans le service de pneumologie du Pr Alain Didier. On suspectait davantage une lésion tumorale ou une infection aspergillaire. » Ce cas clinique a fait l’objet d’une publication dans la « Revue des maladies respiratoires » au mois de novembre dernier (publication repérée par le blog « Réalités biomédicales »). « Le textilome intra-thoracique est une complication exceptionnelle menant à une errance diagnostique », écrivent leurs auteurs. Ce cas leur a en effet donné du fil à retordre...

Le patient, âgé de 65 ans, s’était présenté en consultation en indiquant qu’il crachait du sang lorsqu’il toussait, cela depuis plusieurs années. Les examens médicaux réalisés jusqu'à présent n'avaient pas permis d'établir un diagnostic mais les symptômes s’étaient accentués ces derniers temps. Les médecins du CHU procèdent alors à la batterie de tests habituels : scanner, endoscopie bronchique… Le bilan étiologique est négatif mais le scanner thoracique révèle une lésion lingulaire au contact des plaques péricardiques du pace maker.

Compresses radiomarquées

Deux embolisations artérielles bronchiques sont réalisées en 2016. Sans succès. L’état du patient s’aggrave. « Nous avons décidé de faire une chirurgie à visée diagnostique et thérapeutique », raconte le Dr Dupuis. Le patient est pris une charge par une équipe de chirurgiens cardiaques et thoraciques de l’hôpital de Rangueil. « C’était une opération délicate compte tenu de l’âge du patient, de ses antécédents cardiologiques assez lourds et de la localisation de la lésion, proche du cœur », précise le médecin. La segmentectomie révèlera le textilome oublié il y a près de trois décennies, et qui n’avait pas été décelé par les scanners en raison de la réaction inflammatoire.

« Heureusement, ces cas sont de plus en plus rares, relève le Dr Dupuis, grâce au comptage des compresses et à l’utilisation de compresses plombées radiomarquées. » Dans leur publication, les médecins insistent cependant sur la nécessité de développer des moyens supplémentaire afin de prévenir ces incidents.


Source : lequotidiendumedecin.fr