Cancer du côlon avec métastases dans le foie : la cœlioscopie permet de réaliser l’exérèse des deux sites en 10 jours

Par
Charlène Catalifaud -
Publié le 13/05/2019
metastases foie

metastases foie
Crédit photo : PHANIE

Chez les patients atteints de cancer colorectal avec des métastases importantes dans le foie, la stratégie chirurgicale standard consiste à opérer le foie en premier (après une chimiothérapie), avant de retirer le côlon 2 à 3 mois plus tard. Les Prs Mehdi Karoui et Olivier Scatton, chirurgiens digestifs à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Sorbonne Université, AP-HP), ont montré qu'il était possible de réaliser les deux opérations sur un temps très court grâce à la cœlioscopie. Trois patients ont ainsi été opérés selon cette stratégie. Deux de ces cas ont été rapportés dans une étude publiée dans « World Journal of Surgery ».

Des métastases hépatiques chez un quart des patients

« Le cancer du côlon est un cancer extrêmement fréquent. Des métastases dans le foie y sont associées chez environ un quart des patients, indique au « Quotidien » le Pr Karoui. Pour ces patients, le traitement repose sur la chimiothérapie et la résection de l'ensemble de la maladie tumorale. » La question se pose alors de déterminer ce qui du côlon ou du foie doit être retiré en premier.

Plusieurs stratégies sont possibles selon le profil du patient : technique séquentielle classique avec chirurgie de la tumeur du côlon en premier, technique séquentielle reverse avec la chirurgie des métastases du foie en premier et exérèse combinée où les deux se font dans un même temps. En cas de métastases hépatiques sévères, la stratégie reverse est habituellement privilégiée après une chimiothérapie d’induction. « Nous commençons par traiter la maladie hépatique, car c'est sur elle que repose le pronostic du malade », note le Pr Karoui.

Aujourd'hui, l'opération du côlon et celle du foie peuvent se faire par cœlioscopie, une chirurgie mini-invasive. « La cœlioscopie a notamment montré un bénéfice sur la durée d'hospitalisation et la récupération postopératoire, avec les mêmes résultats oncologiques que l'opération à ventre ouvert, et ce aussi bien dans la chirurgie colique pour cancer que pour la chirurgie du foie pour métastases », précise le Pr Karoui. Si la cœlioscopie pour le cancer colorectal est entrée dans la pratique courante, elle reste plus confidentielle dans la chirurgie du foie et n’est réalisée que dans certains centres experts. « L'avantage que nous avons est ici de combiner au sein d'un même service l'expertise colorectale et hépatobiliaire et celle de la cœlioscopie pour le côlon et le foie », souligne le Pr Karoui. Avec le Pr Scatton, ils ont ainsi associé la stratégie reverse et la cœlioscopie pour traiter des patients avec des métastases hépatiques sévères.

Un délai nécessaire entre les deux interventions

« Après l'opération du foie, nous avons attendu 5 ou 6 jours afin de nous assurer que les suites opératoires sont simples avant de procéder à l'opération du côlon, explique le Pr Karoui. Ce délai entre les deux est nécessaire pour assurer un maximum de sécurité pour le patient. » Si des complications surviennent ou si l'état du patient ne le permet pas, la deuxième opération est reportée et la stratégie reverse « classique » est appliquée (le côlon est alors opéré 2 à 3 mois après).

« L'avantage de cette stratégie écourtée est de traiter la totalité de la maladie tumorale en deux temps sur 10 jours environ », résume le chirurgien. Deux des trois patients ont pu rentrer chez eux un jour ou deux entre les deux opérations.

« Une opération induit une baisse de l'immunité dans les 2 à 3 semaines postopératoires. Avec cette stratégie, cette baisse survient chez un patient débarrassé de son cancer, donc pour lequel, les risques de progression de la tumeur colique sont a priori moindres », avance le Pr Karoui.

Cette stratégie raccourcie doit maintenant être évaluée sur un plus grand nombre de patients et être comparée à la stratégie classique. « Cela concerne un très petit nombre de patients qui doivent être pris en charge dans des centres spécialisés », précise néanmoins le Pr Karoui.


Source : lequotidiendumedecin.fr