Les nouvelles approches ciblant l’immunité adaptative étaient jusqu’à présent bien moins évaluées en cardiologie que les options ciblant l’immunité innée. C’est l’objet d’une récente étude du Centre de recherche cardiovasculaire de Paris et de l’Université de Cambridge (1), centrée sur l’interleukine 2 (IL-2), impliquée dans l’activation des lymphocytes T régulateurs, eux-mêmes capables de limiter les réponses inflammatoires excessives. Les lymphocytes T régulateurs apparaissent peu nombreux et peu actifs après un infarctus ; les chercheurs franco-britanniques ont formulé l’hypothèse selon laquelle l’administration de faibles doses d’IL-2 après un syndrome coronarien aigu (SCA) permettrait de réactiver les lymphocytes T régulateurs, et ainsi de réduire l’inflammation artérielle et de prévenir les récidives.
Cibler l’immunité adaptative après un syndrome coronarien aigu
Et à raison. En effet, l’intérêt de cette approche a été confirmé auprès d’une soixantaine de patients recrutés après un SCA, qui présentaient tous une inflammation résiduelle relativement importante, et qui ont été randomisés pour recevoir soit un placebo, soit un traitement court par faibles doses d’IL-2 (1,5 x 106 UI). Après huit semaines de suivi, une régression un peu plus importante des niveaux d’inflammation, a été relevée dans le groupe interventionnel, par rapport au groupe placebo.
Des résultats qui semblaient associés à un signal d’efficacité clinique, aucun évènement cardiovasculaire majeur n’ayant été enregistré dans le groupe interventionnel après deux ans de suivi, contre trois dans le groupe placebo. Reste toutefois évidemment à suivre les patients sur une plus longue période, et à confirmer l’intérêt de l’IL-2 dans des essais cliniques de plus grande envergure.
La piste des produits anti-inflammatoires à tropisme neurologique contre l’AVC
D’autres candidats anti-inflammatoires présentant un tropisme davantage neurologique sont aussi nouvellement testés cliniquement, cette fois en post-AVC. Début 2026, deux prétendants de ce type ont donné des résultats positifs.
À commencer par la minocycline. Pour rappel, ce médicament bien connu comme antibiotique avait révélé son potentiel anti-inflammatoire chez l’animal puis dans de premiers essais cliniques de faible envergure conduits en post-AVC. Dans ce contexte, l’essai multicentrique chinois Emphasis (2) a recruté environ 1 700 patients atteints d’AVC ischémique aigu, randomisés pour recevoir, dans les 72 heures, en plus d’un traitement classique, soit un placebo, soit de la minocycline par voie orale, à une première dose de 200 mg, puis à 100 mg par jour pendant quatre jours suivants.
Résultat, après 90 jours de suivi, le traitement par minocycline initié dans les 72 heures suivant un AVC ischémique aigu apparaissait associé à « un bénéfice fonctionnel significativement accru par rapport au placebo (…), sans problématiques de tolérance », se félicitent les auteurs. À trois mois, par rapport aux participants du groupe placebo, ceux du groupe minocycline étaient moins nombreux à présenter un score inférieur à 5 sur l’échelle de Rankin modifiée (mRS inférieur). Et globalement, l’analyse ordinale sur l’ensemble des scores mRS a également favorisé la minocycline, avec un common odds ratio ajusté de 1,19. À noter toutefois que le risque d’hémorragie intracrânienne symptomatique, qui compte parmi les principaux risques à court terme de l’AVC ischémique, était le même dans les deux groupes. Reste par ailleurs, en termes de tolérance individuelle et de sécurité collective, à s’assurer de l’absence d’impact négatif de la minocycline sur le microbiote et l’antibiorésistance.
Autre « cytoprotecteur cérébral (…) composé d’ingrédients antioxydants et anti-inflammatoires » testé récemment : l’edaravone dexborneol, évalué dans un autre essai randomisé chinois. L’étude, randomisée contre placebo, et baptisée Taste-2, a conduit au recrutement, dans les 24 heures suivant de premiers symptômes d’AVC ischémique aigu, de 1 360 patients adultes éligibles à une thrombectomie endovasculaire (3).
Les résultats sont, là encore, encourageants. Certes, a priori plutôt discrètement, au regard de l’ensemble de l’effectif. Comparés à ceux traités par placebo, les participants traités par edaravone dexborneol avaient 11 % de plus de chance d’atteindre l’indépendance fonctionnelle à 90 jours, sans plus de problèmes de sécurité, indique la publication. Mais ce, de façon plus notable parmi certains patients, ceux qui présentaient à l’admission soit un score Nihss supérieur à 10 et un score Aspects supérieur à 9, soit un Nihss supérieur à 20, doublé d’un score Aspects supérieur à 7. En effet, ces individus avaient, quant à eux, 29 % plus de chance d’atteindre l’indépendance fonctionnelle à 90 jours que les participants du bras placebo. De quoi suggérer un intérêt de l’edaravone dexborneol dans cette sous-population en particulier, et qui reste à cibler plus spécifiquement par des études complémentaires.
Echec de la colchicine en vie réelle en post-infarctus
Au total, les approches pharmacologiques anti-inflammatoires innovantes semblent prometteuses pour améliorer la prévention secondaire post-infarctus et post-AVC. Les investigations restent néanmoins relativement préliminaires. Dans ce contexte, des médicaments anti-inflammatoires anciens déjà utilisés en cardiologie sont aussi testés dans de nouvelles indications cardiovasculaires aiguës. Citons la colchicine, qui a toutefois récemment à nouveau déçu dans le post-infarctus.
En effet, ce mois de janvier 2026, dans un travail, qui consistait en une étude rétrospective conduite auprès d’une cohorte de 1 796 patients ayant subi un infarctus du myocarde et suivis en conditions réelles de soins (4), l’administration de colchicine en prévention secondaire post-infarctus ne s’est révélée associée à aucune différence, sur un critère composite associant récidive d’IDM, revascularisation coronaire, AVC et décès. Autrement dit, selon ces toutes premières données de vie réelle concernant l’efficacité de la colchicine en prévention des évènements cardiovasculaires après un infarctus du myocarde, « la colchicine (…) n’était pas associée à des taux abaissés d’évènements cardiovasculaires ultérieurs », résument les auteurs.
(1) Sriranjan-Rothwell, R.S., Zhao, T.X., Hoole, S.P. et al. Anti-inflammatory therapy with low-dose IL-2 in acute coronary syndromes: a randomized phase 2 trial. Nat Med (2026). https://doi.org/10.1038/s41591-025-04090-y
(2) Yao Lu et al. Efficacy and safety of minocycline in patients with acute ischaemic stroke (EMPHASIS): a multicentre, double-blind, randomised controlled trial. The Lancet Volume 407, Issue 10529p679-688February 14, 2026
(3) Chunjuan Wang et al. Edaravone dexborneol versus placebo on functional outcomes in patients with acute ischaemic stroke undergoing endovascular thrombectomy (TASTE-2): randomised controlled trial BMJ 2026;392:e086850
(4) Paul Marano et al. Clinical Use and Effectiveness of Colchicine for Secondary Prevention Following Acute Myocardial Infarction. The American journal of cardiology Volume 259 p220-227January 15, 2026
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