World Trade Center : un risque de cancer potentiel chez les pompiers

Par
Charlène Catalifaud -
Publié le 26/04/2018
pompiers world trade center

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Crédit photo : AFP

Après les attentats du 11 septembre 2001, les pompiers et les équipes de sauvetage ont été exposés des mois durant à des cancérigènes contenus dans les débris et la poussière du site du World Trade Center. Deux études publiées dans le « JAMA Oncology » se sont intéressées au lien entre exposition au site et cancer.

Plus de cancers chez les sauveteurs

La première étude a permis d'estimer le nombre de nouveaux cancers au sein des équipes de sauvetage du Fire Departement of the City of New York (FDNY) sur la période s'étalant de janvier 2012 à décembre 2031 : il serait de 2 960. Au total, 14 474 sauveteurs exposés ont été inclus dans l'étude.

Une analyse de sous-groupe restreinte aux hommes blancs (87,1 % de l'ensemble) a montré que l'incidence estimée du cancer était légèrement plus élevée que celle attendue dans la population contrôle (présentant des caractéristiques démographiques similaires), puisque le nombre de cas est de 2 714 versus 2 596.

De plus, les estimations montrent que le nombre de cancers de la prostate, de la thyroïde et de mélanome est plus élevé chez les pompiers. En revanche, le nombre de cancers du poumon, colorectal et du rein était moins élevé dans cette population. Pour expliquer cela, les auteurs suggèrent notamment une meilleure hygiène de vie chez les pompiers, comme un tabagisme moindre, par rapport à la population générale.

« Étant donné l'incidence élevée de certains sous-types de cancers observés dans cette cohorte et dans d'autres cohortes exposées au World Trade Center, il est impératif que les personnes exposées continuent de bénéficier des efforts de prévention et de dépistage afin de réduire ce risque et de permettre une détection précoce », estiment les auteurs.

Toutefois, ils précisent : « Il est possible que les pompiers présentent un risque de cancer plus élevé que la population générale en raison des expositions associées à la profession. »

Un lien entre exposition au site et précurseur du myélome multiple

La seconde étude a analysé le lien entre exposition au site du World Trade Center et myélome multiple sur une population de pompiers exposés, de sexe masculin et blancs.

« En raison du petit nombre de membres de la cohorte des pompiers et de l'absence d'une population de comparaison adéquate, les ethnies autres que les Blancs et les femmes ont été exclues », précisent les auteurs.

Sur les 12 942 pompiers exposés, 16 ont reçu un diagnostic de myélome multiple entre le 11 septembre 2011 et le 1er juillet 2017, avec un âge médian au début de la maladie de 57 ans (contre 69 ans en général aux États-Unis). Une analyse urinaire et sanguine réalisée chez 14 d'entre eux a montré que la moitié présentait un myélome multiple à chaîne légère. Ce type ne concerne en revanche que 20 % des myélomes multiples dans la population générale. De plus, une surexpression de CD 20, connu pour être un marqueur de mauvais pronostic, a été constatée chez la moitié des patients.

Par ailleurs, une analyse sanguine réalisée chez 781 pompiers exposés (hommes blancs de plus de 50 ans) a montré que cette population présentait un risque deux fois plus élevé de gammapathie monoclonale de signification indéterminée (MGUS), précurseur du myélome multiple, par rapport à une population de référence. L'exposition au site est ainsi associée de manière significative à la MGUS. Les auteurs suggèrent également qu'elle « pourrait être un facteur de risque de développer un myélome multiple à un âge plus précoce, en particulier le sous-type à chaîne légère ».

Dans l'éditorial associé à ces deux articles, Otis Brawley souligne toutefois le faible nombre de cas de myélome multiple recensé : « Il est difficile de faire une corrélation fiable avec le World Trade Center. Il peut y avoir une période de latence plus longue. Avec le temps, un plus grand nombre de patients pourrait développer un myélome, et le lien avec l'exposition au World Trade Center serait alors plus probant. »


Source : lequotidiendumedecin.fr