Traitement personnalisé

Vers un classement des mutations en fonction de l'intérêt clinique ?

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Publié le 15/05/2018
génétique et cancer

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Crédit photo : Phanie

L’association européenne d’oncologie ESMO a publiquement commenté ces jours-ci le rapport émis par l’Atlas du génome du cancer (TCGA). Le TCGA réunit aujourd’hui dans sa base de données, Pan-Cancer Atlas, les caractéristiques génétiques de plus de 10 000 tumeurs de 33 types tumoraux. Des sommes faramineuses ont en effet été investies ces dernières années dans l’analyse complète du génome des tumeurs. L’analyse de ces données confirme clairement que certaines mutations génétiques sont partagées par des tumeurs de types très divers. Ce qui suggère que l’on pourrait à l’avenir classer les tumeurs sur une base génétique, afin de les traiter en pratique clinique en fonction de leur carte génétique, c’est-à-dire d’aller vers un traitement personnalisé basé sur ces mutations et de définir des groupes de patients éligibles à des thérapies ciblées ou à une immunothérapie.

Un exemple de succès retentissant

Un essai mené sur une variété de cancers adultes et pédiatriques divers mais tous mutés sur le gène TRK (tropomyosin receptor kinases) a récemment fait la démonstration de l’intérêt d’un traitement basé sur les seules mutations (1). Dans une étude de phases I et II, le larotrectinib, un inhibiteur des TRK, a en effet induit 75 % de réponses dans ces tumeurs orphelines. Et ces réponses sont durables. À un an, on est encore à 71 % de réponses. Plus de la moitié des patients (55 %) n’ont pas progressé, mais la survie sans progression n’est toujours pas atteinte. En outre, on n’a pas observé de problème de tolérance avec une majorité de toxicités de grade 1, aucune toxicité de grades 3 et 4 et aucun arrêt de traitement pour effet secondaire. Ce travail a été commenté dans l’éditorial accompagnant la publication de cette étude, signé du Pr Fabrice André, de l’institut Gustave-Roussy à Villejuif (2).

Une stratégie pas toujours payante en clinique

Mais, dans un communiqué de presse publié par l’ESMO à l’occasion de la publication du rapport de l’Atlas du génome du cancer (TCGA), le même Pr André, qui supervise le groupe de travail de l’ESMO sur la recherche translationnelle et la médecine personnalisée, est venu moduler l’importance à attacher aux mutations tumorales (3) : « Il est tentant de croire que toutes les mutations génétiques des tumeurs sont intéressantes. Mais, en réalité, choisir un traitement sur la base de ces mutations n’apporte parfois pas de bénéfice en pratique clinique. D’importants essais cliniques sont nécessaires pour déterminer quelles altérations peuvent être traités et lesquelles ont du sens dans une perspective clinique. »

« Les biologistes et bio-informaticiens, poursuit-il, ont fait un travail considérable pour identifier les mutations, mais maintenant les oncologues, et plus largement l’ensemble de la communauté oncologique, doivent prendre le relais et rechercher quelles mutations peuvent être utiles pour cibler et traiter les patients. Ce travail permettra de classer les mutations en fonction de leur utilité clinique. Et il évitera la confusion entre les altérations tumorales qui peuvent être traitées médicalement et celles qui ne le peuvent pas, entre celles qui ont un réel intérêt en pratique clinique et celles qui n’en ont pas. C’est pourquoi l’ESMO réfléchit actuellement à la mise au point d’un système uniforme de classement des mutations. Le but est d’aider les oncologues à interpréter les données et à expliquer les conséquences de tel ou tel choix à leurs patients. »

(1) Drilon A., Laetsch T. W., Kummar S. et al. « Efficacy of larotrectinib in TRK fusion-positive cancers in adults and children », NEJM, vol. 378, no 8, février 2018, p. 731-739
En ligne : http://wp.vcu.edu/hemeoncfellowship/wp-content/uploads/sites/3982/2018/…
(2) André F. « Developing anticancer drugs in orphan molecular entities – a paradigm under construction », NEJM, vol. 378, no 8, février 2018, p. 763-765
(3) « Cancer genetic mutations not all treatable: system to rank relevance of mutations needed », 11 avril 2018

Pascale Solere

Source : lequotidiendumedecin.fr