Une immunothérapie génique sauve une fillette atteinte de leucémie

Publié le 13/12/2012
1355416685397834_IMG_95867_HR.jpg

1355416685397834_IMG_95867_HR.jpg
Crédit photo : DR

En reprogrammant les lymphocytes T d’une fillette de 7 ans pour qu’ils attaquent les lymphocytes B, des cancérologues américains ont obtenu une rémission complète persistant 7 mois après chez cette enfant atteinte de leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) réfractaire au traitement standard.

Cette immunothérapie génique expérimentale (CTL019, ou CART19) utilisant un vecteur lentiviral proche du VIH s’est montrée prometteuse également chez des adultes atteints de leucémie lymphoïde chronique (LLC) réfractaire. Les résultats très encourageants ont été présentés lors du congrès de l’American Society of Hematology.

Ces cellules T modifiées se sont montrées efficaces dans la leucémie à cellules B de l’adulte. « Nous sommes enthousiastes de voir que l’approche CTL019 pourrait être efficace également dans les cas intraitables de LAL pédiatrique. Nous espérons que ces résultats conduiront a des traitements largement disponibles pour les formes à haut risque de leucémies et lymphomes à cellules B, et peut-être pour d’autres cancers dans le futur », confie le Dr Stephan Grupp (Children’s Hospital of Philadelphia) qui a présenté, avec ses collègues de l’Université de Pennsylvanie, les résultats de cette nouvelle approche au congres de l’ASH.

Utilisation d’un vecteur lentiviral inactivé proche du VIH

En août 2011, l’équipe du Dr Carl June (Université de Pennsylvanie) rapportait le développement d’une immunothérapie génique (appelée alors CART19 et renommée CTL019) pour traiter la LLC de l’adulte (NEJM, Porter et coll.).

Dans cette approche, des lymphocytes T du patient, prélevés dans le sang, sont génétiquement modifiés en laboratoire en utilisant un vecteur lentiviral inactivé proche du VIH (GeMCRIS 0607-793) qui exprime le gène d’un récepteur antigénique chimérique (CAR) reconnaissant l’antigène CD19 des cellules B.

Ces cellules T modifiées exprimant l’anticorps CAR19 sont alors réinfusées chez le patient atteint de leucémie ou de lymphome à cellules B réfractaire.

Puisque la protéine CD19 n’est présente qu’à la surface des cellules B, les lymphocytes T modifiés, tels des missiles guidés, se dirigent vers les cellules B et les détruisent, tuant de ce fait également les cellules B leucémiques.

Un traitement qui induit un syndrome de libération des cytokines

Emily, une fillette atteinte d’une LAL ayant rechuté deux fois après chimiothérapie, a été la première enfant à recevoir ce traitement expérimental qui n’est pas dénué de toxicité puisqu’il induit un syndrome de libération des cytokines qui a bien failli être fatal chez Emily, provoquant chez elle une hypotension grave et une insuffisance respiratoire nécessitant l’admission en unité de soins intensifs.

Grupp et son équipe ont décidé de contrer cette toxicité en utilisant deux antagonistes du TNF-alpha et de l’IL-16 (etanercept et tocilizumab) qui se sont révélés apporter un soulagement très rapide. Depuis ce succès, cette approche est incorporée également dans les traitements CTL019 de l’adulte.

Emily a montré une rémission complète 23 jours après l’immunothérapie génique, et demeure 7 mois après sans signe de leucémie.

Rémission complète deux ans après traitement

Trois adultes atteints de LLC réfractaire ont également obtenu une rémission complète après traitement CTL019, qui persiste deux ans après pour deux d’entre eux. Quatre autres adultes ont eu une rémission partielle et deux adultes n’ont pas répondu. Un autre enfant est entré en rémission puis a rechuté, du fait semble-t-il de l’absence du CD19 sur certaines des cellules leucémiques.

Etant donné la destruction des cellules B normales, les patients doivent recevoir régulièrement des immunoglobulines pour prévenir les infections.

Au vu de ces résultats extrêmement prometteurs, pouvant potentiellement révolutionner le traitement de la leucémie et du lymphome, la compagnie Novartis a acquis les droits exclusifs pour la thérapie CTL019 et s’est engagée à investir 20 millions de dollars pour construire sur le campus de l’université de Pennsylvanie un centre de recherche visant à amener cette thérapie sur le marché.

Dr Véronique Nguyen

Source : lequotidiendumedecin.fr