Une avancée pour préserver la fertilité des garçons prépubères traités par chimiothérapie

Par Dr Irène Drogou
- Mis à jour le 15/07/2019
chimiotherapie

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Crédit photo : S. Toubon

Comment préserver la fertilité des garçons prépubères avant chimio- et/ou radiothérapie ? Si la congélation de sperme peut être proposée aux hommes, la situation est différente chez les enfants. Des chercheurs de Pittsburgh ont réussi pour la première fois à obtenir une naissance viable chez le macaque après cryopréservation puis réimplantation de tissu testiculaire immature.

« C'est une première étape vers le développement d'une technique de préservation de la fertilité chez les enfants avant un traitement toxique pour la fertilité », est-il indiqué dans le communiqué des Instituts nationaux de la santé américains (NIH), qui ont soutenu l'étude.

Cryopréservation de tissu testiculaire

Plus de 80 % des enfants ayant un cancer survivent à l'âge adulte et 30 % d'entre eux sont stériles. Jusqu'à présent, les scientifiques avaient montré que la spermatogenèse pouvait reprendre après greffe de tissu testiculaire pré-pubertaire mais sans aller à la conception et la naissance d'un bébé. Pour les filles, des expériences similaires sont menées avec du tissu ovarien

Dans « Science », l'équipe dirigée par Kyle Orwig explique avoir extrait et congelé du tissu testiculaire issu d'un seul testicule chez 5 jeunes singes rhésus macaques prépubères. À l'approche de la puberté, les scientifiques les ont décongelés puis réimplantés, tout en faisant une comparaison avec une réimplantation de tissu non congelé à partir de la gonade restante. Ainsi, avant la réimplantation, les singes étaient castrés.

Onze blastocystes transférés chez 6 femelles

Pendant les 8-12 mois après réimplantation de tissu congelé et frais, les scientifiques ont constaté la production de testostérone. L'analyse des greffons extraits a révélé la production de sperme dans les deux types de tissu. Les chercheurs ont ensuite fertilisé par insémination intracellulaire (ICSI) 138 ovules, dont 41 % ont évolué vers des embryons. Ensuite, les scientifiques ont procédé au transfert de 11 blastocystes chez 6 femelles macaques. Une grossesse a été obtenue avec la naissance d'un petit singe normal femelle prénommé « Grady ».

Les chercheurs se montrent très optimistes sur la transposition de la technique chez l'homme. « Je pense que la technologie sera disponible au plan clinique dans les 2 à 5 prochaines années », a déclaré Kyle Orwig. À Pittsburgh, 206 garçons et 41 filles traités pour cancer ont fait congeler leurs tissus reproductifs depuis 2011 dans l'espoir que la technique devienne un jour disponible.

Des indications limitées

Si cette technique s'avère transposable à l'homme, elle n'est néanmoins pas indiquée dans toutes les situations. Le tissu prélevé peut contenir des cellules malignes. « C'est pourquoi l'approche de greffe autologue n'est vraisemblablement pas appropriée dans les leucémies, les lymphomes et les cancers testiculaires de l'enfant », poursuivent-ils. La technique pourrait être proposée dans les greffes de moelle pour des pathologies non malignes (bêtathalassémie, drépanocytose) ou des tumeurs solides sans métastases testiculaires (sarcomes, neuroblastomes).

Une incohérence dans la communication

Une incohérence entre la publication scientifique écrite et la communication publique a été soulevée par l'AFP. Lors d'interviews et de vidéos produites par l'université de Pittsburgh, Kyle Orwig laissait entendre que les macaques de l'étude étaient stériles suite à une chimiothérapie, ce qui n'était pas le cas. Premier point, la stérilité des singes était chirurgicale. Deuxième point, les singes avaient bien reçu une chimiothérapie sans que cela entraîne une stérilité et… sans que cela ne soit mentionné dans le papier.

« Nous pensions que ce n'était pas pertinent par rapport au plan expérimental et que cela n'avait pas d'impact sur le résultat », s'est défendu le chercheur. Le Pr Stefan Schlatt, auteur d'un éditorial sur l'étude, confirme que « c'est en effet non pertinent » mais que « cela aurait été plus honnête et correct scientifiquement de mentionner l'ensemble des traitements dans le manuscrit ». Les éditeurs de « Science », qui n'étaient pas au courant, ont déclaré que « la conception d'une expérience évolue au fur et à mesure que les chercheurs incorporent de nouvelles connaissances ».

Avec AFP