Les nouvelles stratégies de traitement des tumeurs solides font s'envoler les risques de myélodysplasie

Par
Damien Coulomb -
Publié le 20/12/2018

Une complication rare peut apparaître quelques années après le traitement d'une tumeur solide : le syndrome myélodysplasique. Ce dernier est notamment causé par l'emploi d'agents alkylants, d'inhibiteurs de la topo-isomérase II ou de cisplatine. Comparé aux cyclophosphamides ou aux fluoropyrimidines, ces molécules multiplient par 5 la prévalence de tels syndromes qui peuvent évoluer en leucémie aiguë myéloblastique.

De tels événements étaient, jusqu'à présent, principalement observés dans le cadre de cancers du poumon, de l'ovaire, du sein, des tissus mous, du testicule et du système nerveux central ou périphérique. Mais le nombre de localisations cancéreuses concernées doit être revu à la hausse, selon des données publiées dans le « JAMA oncology » par les épidémiologistes des instituts nationaux américains de la santé (NIH). En effet, sous l'effet conjugué de l'augmentation de la survie des patients et de l'évolution des traitements, la chimiothérapie exposerait désormais les patients à un surrisque de syndromes myélodysplasiques et de leucémies aiguës myéloblastiques dans la quasi-totalité des types de tumeurs solides.

Pour le démontrer, les auteurs ont monté une cohorte rétrospective de 700 00 adultes atteints d'une tumeur solide diagnostiquée entre 2000 et 2013, à partir des données du registre des cancers du programme américain de surveillance, d'épidémiologie et de décès. Leur analyse porte sur 1 619 cas de syndromes myélodysplasiques et de leucémie aiguë myéloblastique, survenus au moins un an après le premier diagnostic de cancer.

Un risque multiplié par 39 dans certaines indications

Comparée à ce qui est observé en population générale, l'incidence du nombre de syndromes myélodysplasiques est multipliée de 1,6 (pour le cancer de la vessie), à 39 (dans les cancers des os et des articulations). Sur les 23 types de cancer répertoriés, seul le cancer du côlon échappe à cette augmentation significative du risque de myélodysplasiques.

Pour les auteurs, cette évolution s'explique par l'augmentation de la proportion de patients traités par agent favorisant l'apparition de cette complication. En 2001, 57 % des membres de la cohorte s'étaient vu prescrire un alkylant, du cisplatine ou un inhibiteur de la topo-isomérase II, contre 81 % en 2012 et 2013. Cette évolution des soins s'est doublée d'une augmentation de l'incidence des myélodysplasies au fil des années.

Ces données « montrent que la chimiothérapie telle qu'elle est pratiquée à l'époque moderne a amélioré le pronostic des patients, mais a augmenté dans le même temps le risque de développer cette forme rare de leucémie, estime le Dr Lyndsay Morton du département d'épidémiologie des cancers des NIH. Ces risques devront être pris en compte lors de l'évaluation des bénéfices-risques d'un traitement chez un patient ». Au sein de la cohorte américaine, les malades atteints de myélodysplasie et de leucémie avaient un très mauvais pronostic, puisque 78,4 % d'entre eux sont décédés lors du suivi et qu'ils disposaient d'une espérance de vie médiane de 7 mois après le diagnostic.


Source : lequotidiendumedecin.fr