L’après-cancer « plus difficile à vivre » que le traitement

Par
Elsa Bellanger -
Publié le 04/02/2019
apres cancer

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Crédit photo : S. Toubon

« Après le cancer, le combat continue ! » Ce titre accrocheur, choisi par la Ligue contre le cancer pour présenter les résultats de la 7e édition de l’Observatoire sociétal des cancers, vise à alerter sur les « conséquences physiques, psychologiques, financières, professionnels et même sur les projets de vie », constatés « même 25 ans après la fin des traitements ». Pourtant, 60 % des patients atteints d’un cancer sont en rémission.

Selon l’étude menée pour le compte de la Ligue (1), 63 % des patients qui ont souffert d’un cancer estime « l’après »-maladie comme « plus difficile à vivre que la période des traitements ». C’est une période à laquelle ces personnes se disent « mal préparées » (82 %) et qui suscite de « profonds bouleversements » (84 %) et un « sentiment d’abandon » (66 %). 13 % des patients considèrent que « le cancer a détruit (leur) vie » et pour 26 %, « le cancer (les) a forcé à prendre un nouveau départ ». En parallèle, pour 19 %, il a « permis de prendre un nouveau départ ».

Des difficultés multiples

Les difficultés rencontrées sont multiples. Elles touchent notamment à l’emploi : 17 % de ceux qui exerçaient une activité professionnelle n’ont jamais repris le travail, 17 % ont été confrontés à une perte d’emploi à la suite de leur cancer et 21 % ont connu des difficultés dans la poursuite de leur carrière professionnelle. « Le retour à l’emploi n’est pas forcément accompagné dans l’entreprise, ou en tout cas on ne prend pas compte le nouvel état physique, ou psychique, et on attend de ces personnes la même chose qu’avant leur départ, et souvent ce n’est pas possible », témoigne un médecin du travail, dans l’enquête de la Ligue.

Ces difficultés face à l’emploi se cumulent notamment à des « pertes financières ». Les frais occasionnés par la maladie se poursuivent après celle-ci : une personne sur 2 déclare avoir un reste à charge entre 2 et 5 ans après la fin des traitements et 2 sur 10 après 25 ans. Ces dépenses correspondent à des médicaments peu ou pas remboursés et pourtant nécessaires à « l’après cancer », mais aussi à des consultations avec des psychologues ou des diététiciens, etc.

Certains profils cumulent les difficultés. Pour 7 % des patients, les conséquences impactent « tous les aspects de la vie ». Ce sont principalement les femmes, les personnes ayant eu plusieurs cancers, celles qui ont terminé leurs traitements depuis moins de 5 ans et celles qui ont souffert d’un cancer des voies aéro-digestives supérieures.

Une meilleure prise en compte des difficultés

Face à ces difficultés, la Ligue contre le cancer émet plusieurs recommandations. Il s’agit d’abord de former les professionnels à prononcer le mot « guérison », alors que seuls 32 % des personnes interrogées l’ont entendu dans leur parcours après la maladie, même 10, 15 ou 20 ans après les traitements. En complément de cette démarche auprès des professionnels, il est préconisé de développer des campagnes de communication pour « faire évoluer la vision de la maladie » et favoriser la « guérison sociale ».

Il s’agit aussi de mieux préparer les patients via des relais comme la médecine du travail, les psychologues, voire les sexologues ou la chirurgie réparatrice. En effet, « l’arrêt des traitements n’est pas synonyme d’un retour immédiat à la normale », rappelle la Ligue. Enfin, l’association recommande de limiter le reste à charge par une prise en charge élargie (frais de transports, soutien psychologique, etc) et de prévenir la perte d’emploi par des congés indemnisés pour « continuer à travailler tout en ayant un suivi médical » ou par des dispositifs dits de « période de professionnalisation » pour les personnes qui ne pourront pas reprendre la même activité.

(1) Enquête IPSOS menée par internet auprès de 1007 personnes ayant eu un cancer et dont les traitements sont terminés depuis au moins 2 ans, et d’un panel « grand public » composé de 1001 personnes de plus de 18 ans et plus, représentatives de la population française.


Source : lequotidiendumedecin.fr