L'activité physique, seul traitement validé de la fatigue

Par
Charlène Catalifaud -
Publié le 16/05/2019
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Crédit photo : Cami

De plus en plus d'études attestent des bienfaits de l'activité physique (AP) chez les patients atteints de cancer. « Les premières données concernant l'AP en oncologie remontent aux années 1990 », indique au « Quotidien » le Dr Thierry Bouillet, oncologue à l'hôpital Avicenne de Bobigny (AP-HP) et cofondateur de la CAMI* Sport et cancer.

Aujourd'hui, l'activité physique a des effets bénéfiques prouvés sur la fatigue et probables sur la survie, les comorbidités et les complications liées aux traitements. Ces effets ont surtout été mis en évidence dans les cancers du côlon, de la prostate et du sein. Néanmoins, « les récentes études qui regroupent toute la pathologie cancéreuse permettent de considérer que ces bénéfices sont valables pour la plupart des cancers », précise le Dr Bouillet.

Un effet sur la sarcopénie

L'AP est définie comme « tout mouvement corporel produit par contraction des muscles squelettiques entraînant une augmentation de la dépense énergétique par rapport à la dépense énergétique de repos » (1). Ses effets positifs s'expliquent en grande partie par son action sur la sarcopénie, caractérisée par une fonte musculaire et une altération des performances physiques. Ce phénomène touche la plupart des patients atteints de cancer et est un facteur de mauvais pronostic important (2).

La fatigue est un effet indésirable majeur rapporté par la quasi-totalité des patients lors des traitements, mais aussi plusieurs mois après. À ce jour, l'activité physique est le seul traitement validé de la fatigue pour les patients atteints de cancer (3). Or « l'amélioration de la fatigue a des répercussions positives sur tous les aspects de la qualité de vie : physique, relations familiales et sociales, projection dans l'avenir… », souligne le Dr Bouillet.

La pratique d'une AP est par ailleurs associée une amélioration de la survie (4), une réduction des comorbidités (deuxième cancer, maladies cardiovasculaires…) et des complications liées au traitement, ainsi qu'à un retour plus rapide au travail.

Concernant la survie, « un essai randomisé est actuellement mené au Canada auprès de patients atteints de cancer du côlon traités par colectomie et chimiothérapie. La moitié bénéficiera d'un programme d'activité physique spécifique, l'autre non. Les données sont attendues d'ici à 2 ans », avance l'oncologue.

Par ailleurs, la sarcopénie augmente le taux de complications chirurgicales, l'AP pourrait donc avoir un intérêt en préopératoire. « Nous manquons de preuve, mais en toute logique, une AP en préopératoire devrait réduire la sarcopénie et avoir un effet bénéfique sur les suites opératoires, notamment pour des opérations lourdes comme celles du côlon ou du pancréas », estime le Dr Bouillet. En agissant sur la sarcopénie, l'AP pourrait également réduire le risque de toxicités liées à la chimiothérapie.

Cercle vertueux

Les mécanismes par lesquels l'AP exerce ces effets sont de mieux en mieux connus. Chez les patients atteints de cancer, la graisse abdominale provoque une inflammation et la sécrétion de cytokines dans le sang. « Ces cytokines vont agir au niveau du muscle pour induire une sarcopénie et au niveau du cerveau où elles entraînent troubles de la concentration, de l'attention, dépression, fatigue, trouble du sommeil… », détaille l'oncologue.

Alors que la sarcopénie va entraîner une diminution de la consommation de glucose par le muscle, les cytokines vont induire une augmentation du glucose dans le sang et une insulinorésistance, à l'origine d'une augmentation de l'insuline dans le sang. « Or, l'insuline est un facteur de croissance tumorale connu », souligne le Dr Bouillet.

L'AP, en permettant de réduire la graisse abdominale, va empêcher les cytokines d'exercer ces effets. « Un certain nombre de cytokines étant elles-mêmes des facteurs de croissance tumorale, un cercle vertueux s'installe », résume l'oncologue. Pour en tirer le maximum de bénéfices, l'AP doit être mise en place de façon précoce et être maintenue sur le long terme.

Par ailleurs, l'effet de l'activité physique sur l'insuline dure jusqu'à 72 heures. « L'AP est ainsi recommandée trois fois par semaine, avec une intensité suffisante mais adaptée à l'état de santé du patient », note le Dr Bouillet.

*La CAMI Sport & Cancer est une association créée en 2000 qui développent des programmes de thérapie sportive pour les patients atteints de cancer.

(1) C. J. Caspersen et al., Public Health Rep 1985 ; 100 : 126-31.
(2) A. Villaseñor et al., J Cancer Surviv, doi: 10.1007/s11764-012-0234-x, 2012
(3) S. I. Mishra et al., Cochrane Database Syst Rev, doi: 10.1002/14651858.CD008465.pub2., 2012
(4) C. M. Friedenreich et al., Clin Cancer Res 2016 ; 22 : 4766-4775,

Charlène Catalifaud

Source : Le Quotidien du médecin: 9750