Études en cellule unique 

Des modifications épigénétiques déterminantes dans la résistance des cellules tumorales ?

Par Karelle Goutorbe
Publié le 13/09/2019
- Mis à jour le 13/09/2019

Grâce à une plateforme permettant de réaliser des études en cellule unique en recourant à la microfluidique, une équipe de chercheurs de l'Institut Curie a mis en évidence, parmi les cellules tumorales, des sous-clones épigénétiques impliqués dans la résistance au traitement.

L'équipe Single Cell

L'équipe Single Cell
Crédit photo : Institut Curie

« Notre intérêt est de comprendre les mécanismes fondamentaux de résistance à la chimiothérapie dans les cancers du sein triple négatifs résiduels », explique Céline Vallot, chef de l'équipe dynamique de la plasticité épigénétique dans le cancer, à l'Institut Curie. Pour y parvenir, l'objectif est d'explorer les altérations épigénétiques survenant au cours de la progression tumorale.

« Nous voulons comprendre comment et quand les altérations épigénétiques se produisent dans le cancer du sein, et si elles sont maintenues de façon stable dans la progression tumorale, pour élucider si elles peuvent être considérées comme des cibles thérapeutiques fiables. Cela nous permet de proposer des stratégies pour rester à un état de sensibilité à la chimiothérapie et éviter l'apparition de ces modifications épigénétiques », explique la chercheuse.

Des recherches possibles grâce à la plateforme Single Cell

L'équipe de recherche a recours à une nouvelle méthode : les études en cellule unique, dites « Single Cell ». « Véritable rupture technologique, les études en cellule unique sont un axe majeur des développements en science fondamentale et en recherche clinique, pour les années à venir, à l'Institut Curie », s'enthousiasme Céline Vallot.

En effet, grâce à la plateforme d'analyse Single Cell récemment acquise par l'Institut Curie, les chercheurs peuvent mesurer sur un échantillon tumoral les modifications épigénétiques à l'échelle de la cellule unique. Selon des approches de microfluidiques, ils peuvent isoler des cellules uniques dans de microscopiques gouttelettes. En alliant leur compétence à une équipe de physiciens de l'École de physique et de chimie industrielle de Paris, les chercheurs ont fait évoluer la microfluidique habituelle pour mettre au point une technique applicable à l'épigénétique. Celle-ci leur permet d'étudier les altérations de la chromatine, notamment les modifications chimiques sur les histones.

L'hétérogénéité de la chromatine en question

En explorant les cartes épigénétiques dans les cas de résistance à la chimiothérapie et à l'hormonothérapie, ils ont mis en évidence parmi les cellules tumorales des sous-clones épigénétiques présentant des altérations de la chromatine. « On a observé des cartes d'identité épigénétiques hétérogènes au sein des tumeurs sensibles. Cela pourrait expliquer les résistances au traitement de certaines tumeurs », commente la chercheuse. La sous-population cellulaire identifiée ne représenterait que 16 % des cellules d'une tumeur mais pourrait être déterminante dans l'acquisition de la résistance. Cette découverte a fait l'objet d'une récente publication dans Nature Genetics (1).

D'après les communiqués de l’Institut Curie (science.curie.fr) et l'intervention de Céline Vallot, chercheuse, lors d’une conférence de presse organisée par le laboratoire BMS le 9 juillet 2019.
(1) Grosselin Kevin et al. High-throughput single-cell ChIP-seq identifies heterogeneity of chromatin states in breast cancer. Nature Genetics 2019;51:1060-6.

Karelle Goutorbe

Source : lequotidiendumedecin.fr